Le mot savon est devenu si courant qu’il ne décrit plus précisément ce qu’il est ni comment il est fabriqué. Beaucoup imaginent même qu’il s’agit d’un produit naturel. Pourtant, derrière ce terme se cache une chimie bien spécifique. Faisons un rappel chimique essentiel :
Sur le plan chimique, un savon est un sel, formé par la réaction d’une base forte (comme l’hydroxyde de sodium ou de potassium) avec des acides gras. Ce processus porte le nom de saponification.
Les acides gras sont des composants des graisses ou des huiles végétales qui, en présence d’une base, se transforment en savon et en glycérine comme sous-produit. Ils ne se trouvent toutefois pas naturellement sous forme d’acide, mais d’esters (acide/alcool) appelés triglycérides. La fabrication du savon repose donc sur la saponification, un processus chimique nécessitant une quantité importante d’énergie pour libérer les acides gras puis les neutraliser afin de former un sel, le savon.
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Réaction chimique de la saponification: Graisse/huile (triglycéride) +Base forte (soude) → Glycérol = Savon (sel d’acide gras)
Pour les initiés :

Ces acides gras sont essentiellement présents sous forme de triglycérides, comme l’a démontré Eugène Chevreul au XIXe siècle. Les alcalis utilisés, principalement la soude et la potasse, proviennent soit de matériaux naturels (comme les cendres de bois, plantes halophytes, natron), soit plus près de nous de procédés industriels comme le procédé Leblanc. Longtemps provenant de sources locales, la chimie contribuera fortement en permettant de fabriquer de la soude « synthétique ».
L’évolution des procédés de fabrication
Pendant des siècles, la fabrication du savon était empirique. Malgré les avancées apportées par les chimistes arabes au Xe siècle, celle-ci reposait davantage sur des savoir-faire traditionnels que sur des connaissances précises. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, nattament avec les travaux d’Eugène Chevreul que des études approfondies ont clarifié les mécanismes chimiques et amélioré les procédés de production.
On distingue principalement deux procédés de fabrication :
– La saponification à chaud, utilisée dans l’industrie
– La saponification à froid, plus courante en production artisanale
La saponification à chaud dite « au chaudron ».
Dans l’industrie, la pâte de savon est chauffée pour accélérer la réaction chimique. Un excès de soude est souvent ajouté pour transformer entièrement les corps gras. Afin d’éliminer cet excès et récupérer la glycérine, la pâte est lavée de façon rigoureuse. Ce procédé permet un contrôle précis de la concentration du savon.
Description du Procédé à chaud dit également au chaudron
C’est à partir de ce procédé de fabrication qu’au début du XXe siècle apparaîtront des procédés de saponification en continu qui constituent à date la base du procédé de fabrication industrielle des savons. Toutefois, le procédé au chaudron continuera d’être pratiqué pendant de nombreuses années.
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La saponification à froid ou SAF
Dans cette méthode, le chauffage n’est pas utilisé. En fin de processus, un léger excès de corps gras (surgraissage) est ajouté, ce qui laisse la glycérine intégralement dans le savon. L’excès d’huile qui n’est pas transformé donne le surgras, bénéfique pour la peau.
Description du Saponification à froid
Différences entre les deux méthodes
Bien que les deux procédés conduisent au même produit sur le plan chimique, ils se distinguent par leurs propriétés et leur mode de fabrication :
| Critères | Saponification à chaud | Saponification à froid |
| Temps de réaction | Rapide, grâce au chauffage | Lent, à température ambiante |
| Glycérine | Éliminée en grande partie | Conservée dans le savon |
| Personnalisation | Standardisée| | Grande liberté (huiles, senteurs, couleurs) |
| Utilisation | Industrie | Artisanat et DIY |
L’industrie privilégie largement la saponification à chaud, tandis que la saponification à froid s’est développée récemment, notamment grâce à l’essor du *DIY* (Do It Yourself, ou « faire son propre savon »). Cependant, fabriquer son propre savon relève plus des loisirs créatifs que d’un réel avantage fonctionnel. Les atouts de la saponification à froid :
– Un processus plus lent, nécessitant plusieurs semaines de cure
– Une meilleure préservation des propriétés des huiles et beurres végétaux
– Une richesse en glycérine naturelle, bénéfique pour la peau
– Un aspect artisanal, avec une grande liberté de personnalisation
Malgré ces avantages, le contrôle des ingrédients et des procédés favorise le savon industriel, qui bénéficie d’une maîtrise rigoureuse des matières premières et d’un suivi qualité strict. Enfin un contrôle minutieux est essentiel pour garantir l’innocuité du produit.
Le consommateur, lui, n’a généralement pas tous les éléments pour distinguer les deux types de savon, mais il peut faire confiance à son fabricant.
Suite au prochain numéro.
Jean Claude LE JOLIFF





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