Le fard à joues, ou le blush comme disent certains, constitue tout compte fait un produit assez banal dans le monde cosmétique. Mais en fait c’est un produit passionnant et plein de contenu.
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C’est une question est centrale dans le monde de la beauté et assez probablement avec la peau blanche l’une des plus anciennes pratiques de beauté. Le rouge permettait de mettre en valeur le blanc du teint et véhicule depuis toujours une image positive de bonne santé.
Le maquillage sera la première réponse. Le blush est la plus ancienne façon de faire ce geste. Il a été réalisé de multiples façons avec des produits gras ou secs, à base de fleur d’orcanette ou de coquelicot, ou de minium et de cinabre beaucoup plus discutables, puis le DIY, puis plus près de nous via des blushs qui ont oubliés les substances toxiques.
Mais dans le monde de la biologie cutanée, le rose aux joues est également synonyme de quelque chose de mieux défini : la microcirculation, c’est à dire de la vascularisation de la peau. Si le derme et l’hypoderme sont richement vascularisés, à l’inverse l’épiderme ne l’est pas ; il est nourri à partir des réseaux capillaires logés dans les papilles dermiques. C’est ainsi qu’à quelques dizaines de millimètres directement sous l’épiderme, cheminent plusieurs dizaines de kilomètres de tuyaux directement impliqués dans le bon fonctionnement de la peau. Ces pelotes de capillaires sont logées dans les microvillosités de la JDE[1]. La lumière pénétrant jusqu’à ce niveau génère la composante rose de la couleur de la peau. La disparition des microvillosités conduit ainsi à la perte de la composante rose de la couleur de la peau. La vasoconstriction en fait de même comme dans la peur ou le tabagisme. A l’exception de ce que l’on appelle communément la couperose, le rôle de la fonction microcirculatoire a été assez longtemps curieusement sous-estimé. Et pourtant la fonction micro circulatoire constitue une cible cosmétique parfaitement légitime, agir à ce niveau consiste à modifier l’aspect de la peau, comme le précise la définition du produit cosmétique dans les textes réglementaires.
Au début du XXème siècle des marques, en particulier américaines, avaient intégré cette dimension. La plupart des experts en beauté dans les années 1930 pensaient qu’une bonne circulation était l’un des fondements d’une belle peau. Les muscles n’étaient pas étrangers à cette logique. En atteste ces publicités de Dorothy Gray en 1936 : La pommade de circulation élimine les poisons, stimule et rajeunit les peaux paresseuses et jaunies. Apporte la couleur naturelle aux joues ou encore Barbara Gould qui revendiquant : Cette crème faisait jaillir le sang chaud et rajeunissant à un rythme pulsé à la surface du teint. Des produits appelés « crème stimulante » ou crèmes « Circulation » ou encore « Blood Glow étaient proposées. Les produits incluaient dans leur formulation un ou plusieurs irritants légers tels que le baume du Pérou, la cinnamine (l’huile claire du baume du Pérou), ou encore des extraits de piments. Dans un autre exemple de 1933, Elizabeth Arden propose sa routine « bonne mine » dite « Venetian » comportant le « Venetian anti-dark spot ointment », ainsi qu’une huile musculaire.
Les crèmes de « circulation et similaires » ont en grande partie disparues des comptoirs cosmétiques dans les années 1940.
Dans la même démarche, la mise au point de techniques de massage reposera sur cette idée d’améliorer la qualité du teint par une action sur la microcirculation. De ce fait de nombreuses huiles de massage revendiqueront cette fonction, dont la fameuse huile de Ganesh. L’amélioration de la qualité du teint par massages reste de nos jours une revendication courante.
Mais la dimension couleur de la peau comme marqueur du vieillissement n’apparaitra que plus tardivement. Cette notion est venue des observations concernant la JDE[2]. En effet, l’aplatissement de la JDE et la quasi-disparition des microvillosités du derme papillaire seront regardées comme une des causes importantes du vieillissement cutané. Dès lors, des actifs spécifiquement présentés vers la protection, voir la reconstruction de la JDE seront proposés, mais sans pour autant s’intéresser aux conséquences sur la couleur.
Vis-à-vis de la microcirculation périphérique, on a l’impression que tout s’est passé comme si un blocage s’était organisé autour de cette revendication. En effet, au moment où les marques travaillaient autour de ces concepts, le rôle et l’importance de l’angiogenèse dans le développement du cancer fera l’actualité. Il était devenu suspect de favoriser la croissance de micro-vaisseaux.
Toutefois des produits vont essayer de travailler sur ce thème. On peut citer par exemple un produit proposé par Chanel Beauté, Prévention active. Lancé à la fin des années 80, ce produit était né d’une des premières études portant sur l’évolution de la couleur de la peau en fonction de l’âge. Il s’agissait de la couleur globale de la peau à ne pas confondre avec l’apparition de taches pigmentaires qui sera une autre façon d’aborder le lien entre couleur de la peau et âge. Cette étude mettait en évidence le brunissement et la perte de luminosité de la peau vieillissante. Le concept de ce produit reposait sur l’idée d’utiliser de nouveaux principes actifs, des extraits de sarrasin titrés en polyphénols pour corriger cette situation par le recours à une double action, antioxydante, veinotonique et antiélastasique, chacune étant généré par l’extrait de feuilles de sarrasin. Parmi les preuves de concept, un test d’amélioration de la microcirculation périphérique à l’aide d’une technique originale, la capillaroscopie péri-unguéale, avait permis de démontrer cet effet. C’était la naissance dans l’anonymat d’un concept majeur des années 2020 : le glow !!!! Ce produit ne rencontrera qu’un succès limité et la revendication autour de la couleur de la peau fera long feu. Un autre produit revendiquera une amélioration de la couleur de la peau. Il s’agit de Midnight Secret proposé par Guerlain. Ce produit destiné à corriger les signes des nuits blanches a entre autres comme mode d’action une stimulation de la microcirculation périphérique.
La fin de la première décennie des années 2000 verra une autre idée se faire jour tournant autour du rose. Il s’agit des Crèmes roses. Ces produits, souvent formulés comme des BB cream, seront en fait des produits agissant sur la couleur directe de la peau par un effet de couvrance. Ces produits vont rencontrer un réel succès.
Récemment, la question revient avec une série de travaux publiés sur le rôle et l’importance de la composante rose dans la couleur de la peau. Shiseido a créé une structure dédiée, qui va s’intéresser aux capillaires qui se logent dans le derme supérieur. Le rôle du VEGF (vascular endothelium growth factor)[3] va permettre une meilleure compréhension de tout cela et conduire immanquablement à de nouveaux produits. Les équipes Shiseido avaient déjà publié des travaux dans sens, et d’autres travaux avaient également permis d’identifier des substances susceptibles d’agir sur ces systèmes, Un produit a également été proposé : Ultimune Power Infusing Concentrate. Pour compléter le tout, la marque propose un système de diagnostic s’intitulant « Skin visualizer device » qui revendique de mesurer globalement l‘état cutané de la personne incluant l’état de la microcirculation.
Voilà pour cette pour fascinante saga autour d’un thème connu de tous depuis longtemps. Ce type de recherche, assez spécifique aux marques asiatiques, japonaises entre autres, montre à quel point il y a encore des domaines importants à investiguer. Elles permettent également selon moi de maintenir un niveau de compréhension optimum sur des questions qui trop souvent sont traitées dans le cadre des « indies brand » de façon assez « superficielle », pour ne pas dire plus. Une des questions sera de savoir qui de ce type de recherche ou des revendications fugaces prendra le pas, les 2 étant incompatibles.
Ceci permet également de se poser la question de savoir si nos anciens n’avait pas plus d’un tour dans leur sac. Le passé est souvent à considérer avec intérêt.
Alors, connaissance ou butinage sur des questions essentielles ? A vous de jouer.
Jean-Claude le Joliff
[1] Jonction dermo épidermique.
[2] Jonction dermo épidermique.
[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Vascular_endothelial_growth_factor





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