Le contraire de l’effet Dunning-Kruger (ou effet de sur-confiance) n’est pas la modestie forcée, mais une forme de lucidité tranquille. Là où l’incompétent surestime ce qu’il sait, le professionnel lucide accepte de voir à la fois l’étendue de ses compétences et ce qui lui échappe encore, sans honte ni triomphalisme. Il ne confond pas confiance et omniscience : il affirme ce qu’il maîtrise, demande de l’aide quand il doute, et ajuste en continu son jugement sur lui-même à la lumière des faits plutôt qu’à celle de son ego. Cette épitaphe s’applique pleinement au Professeur Mac Leod. Pour avoir travaillé avec lui pendant quelques années, notre équipe a pu apprécier ses conseils précieux et une façon de faire si convaincante. Il a disparu en ce début d’année dans la discrétion. Il me semblait utile et important de lui rendre hommage.
Patrick Mac Leod était médecin et neurobiologiste, figure marquante de la recherche sur l’olfaction, le goût et, plus largement, la perception sensorielle. Formé à la médecine avant de se tourner vers les neurosciences, Patrick Mac Leod crée en 1975 le laboratoire de neurobiologie sensorielle à l’École pratique des hautes études, près de Versailles qui devient un lieu de référence pour l’étude des sens chimiques, de leurs interactions avec les autres modalités sensorielles et de leur traitement par le cerveau.
Très tôt, il s’intéresse à la variabilité inter‑individuelle des perceptions et à la façon dont génétique, apprentissage et culture façonnent nos préférences. Cette approche intégrée l’amène à collaborer avec différents acteurs industriels, notamment dans les domaines du parfum et de la cosmétique. C’est dans ce contexte qu’il travaille avec le CERIES (Centre de Recherche et d’Investigation Épidermique et Sensorielle) et avec Chanel, apportant son expertise de neurobiologiste pour éclairer les approches sensorielles – olfactives, mais aussi plus globalement hédoniques – des produits, des protocoles d’évaluation et des expériences utilisateurs. Sous sa conduite, Chanel s’initiera aux techniques avancées de la mesure et de l’évaluation de la sensorialité.
Co‑fondateur et président de l’Institut du goût, Patrick Mac Leod s’attache également à la pédagogie et à la diffusion des connaissances, en mettant en place des actions de sensibilisation au goût et à la perception sensorielle, notamment auprès des jeunes publics et des professionnels de la dégustation. Entre laboratoire académique, collaborations avec l’industrie et engagement associatif, il contribue à installer l’idée que le goût et les odeurs sont des constructions cérébrales singulières, à la croisée du biologique et du culturel.
RIP et merci Monsieur.
Jean Claude Le Joliff




Laisser un commentaire