L’oshiroi 白粉, littéralement « poudre blanche » se compose de 2 kanjis : 白 (shiro ou haku) signifiant «blanc» et 粉 (kona ou fun) signifiant « farine », « poudre ». C’est une poudre employée pour éclaircir la peau, essentiellement par les geishas et les maikos, ainsi que les acteurs de kabuki, théâtre traditionnel japonais.

Composition de l’Oshiroi
Durant la période Edo (1603-1868), la composition de l’oshiroi variait : on utilisait principalement de l’amidon, de la poudre issue de coquillages broyés, de l’argile, mais aussi des substances plus toxiques comme la poudre de plomb ou le calomel (chlorure mercurique). En raison des dangers sanitaires, notamment le risque de saturnisme lié au plomb, ces ingrédients furent interdits dès la période Meiji (1868-1912), et l’oshiroi fut reformulé avec des composants plus sûrs.
Technique d’application
L’oshiroi se prépare en le mélangeant avec de l’eau pour obtenir une pâte fine et homogène. L’application se fait au moyen d’un pinceau large et plat, sur une peau préalablement préparée par une base protectrice appelée cire.
Deux types de cire servent de base :
- Ishineri (石練), une cire plus épaisse, est appliquée sur les sourcils pour leur donner forme et fixation.
- Bintsuke (蜜蝋油), une cire plus fluide, est étalée sur le visage et le cou pour lisser la peau et assurer l’adhérence de la poudre.
Le dosage en eau est crucial : trop d’eau empêche une application uniforme, tandis que trop peu rend la pâte cassante et fragile, ce qui peut provoquer des craquelures visibles sur le visage.

Symbolisme et motifs sur le cou
Les geishas et maikos portent l’oshiroi surtout lors d’occasions cérémonielles ou artistiques. Sur la nuque, la peau non maquillée forme un élément esthétique important, révélant un contraste subtil avec la blancheur du visage et du cou.
Deux motifs sont particulièrement connus :
- Eri-ashi (襟足), « rayures sur le cou » : deux bandes triangulaires non maquillées sur la nuque, symbole d’élégance et de féminité.
- Sanbon-ashi (三本足), « trois rayures pointues » : un motif plus formel avec trois bandes, utilisé pour des occasions particulièrement solennelles.




Finition avec la poudre de riz bintsuke-abura
Après l’application de l’oshiroi, le visage est poudré délicatement avec une poudre très fine obtenue par broyage de grains de riz, appelée bintsuke-abura (蜜蝋油). Cette poudre ancestrale adoucit la peau, affine le grain, unifie le teint et dissimule les imperfections, apportant une finition mate et satinée qui sublime l’éclat naturel.

La peau blanche, symbole de beauté
Au Japon, la blancheur de la peau porte depuis plus d’un millénaire une forte charge symbolique. Elle est associée à la pureté, à la noblesse, à la distinction sociale, ainsi qu’à une beauté idéalisée féminine. Elle marquait la différence avec les paysans bronzés par le soleil et symbolisait pureté, raffinement et vie à l’abri des travaux manuels.

Cet idéal esthétique reflète à la fois une valorisation sociale et une aspiration culturelle à la perfection et à l’harmonie car un célèbre adage japonais énonce que Hada no shirosa wa shichinan kakusu « La blancheur de la peau cache sept défauts ». Ce critère de beauté perdura au fil des siècles et reste encore perceptible dans la culture contemporaine, notamment dans l’attrait pour les cosmétiques éclaircissants.
Corinne Déchelette
REFERENCES
Sayama Hanshichimaru, Miyako Fuzoku Kewaiden 1851
Noda Yahei, Onna kagami hidensho (Transmission secrète du Miroir des Femmes),1650
Secrets de beauté de l’époque Edo. Catalogue d’exposition « Maquillage et coiffure de l’époque Edo dans les estampes japonaises ». Maison de la Culture du Japon à Paris, 2020.
Harumi Befu. (1967). GENERAL AND ETHNOLOGY: <em>Japan’s Invisible Race: Caste in Culture and Personality.</em> George De Vos and Hiroshi Wagatsuma. , 69(6), 772–773.
Hiroshi Wagatsuma, The social perception of skin color in Japan, 1967.
C. Déchelette, A. Date, Oh la peau au Japon ! Collection Virus de la recherche, PUG, 2025.





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