Depuis de nombreuses années, le « lipolifting autologue » est une pratique relativement standard en chirurgie esthétique. Elle consiste à utiliser les tissus adipeux d’un patient pour lui réinjecter dans les zones qu’il souhaite repulper. L’industrie cosmétique s’est inspiré de ces techniques avec le développement d’actifs dits volumateurs dont le mode d’action proposé est de stimuler la production de « graisse » par les adipocytes
Mais depuis 2024, de nouvelles pratiques émergent, relayée depuis le début d’année dans plusieurs journaux français et internationaux. A l’instar de certaines greffes d’organes, il s’agit cette fois d’injecter au patient non pas sa propre graisse, mais celle d’un individu décédé via des produits comme ceux des marques Renuva ou AlloClae.
Si le procédé peu sembler dérangeant, il consiste en fait à dénaturer les cellules pour n’en garder que la matrice extracellulaire. Nettoyées, stérilisées et transformées, ces cellules vidées de leur substance deviennent des gels injectables, supports à la régénération de nouveaux tissus adipeux propre à l’hôte.
Au delà de l’ingéniosité scientifique, comment une telle pratique est-elle légalement possible ? Au Etat-Unis, le don de tissus est permit par l’Uniform Anatomical Gift Act. Les matières comme la peau, la graisse et les os peuvent ainsi être prélevées après consentement, transformées et commercialisées par des banques de tissus.
Mais en réalité, cette pratique s’inscrit dans une histoire bien plus ancienne. Si l’on pense à la poudre de momie utilisée sous l’Ancien Régime, la pharmacopée de cette époque mobilisait en fait de nombreuses parties corps plus « frais » : os, crâne, cérumen, ongles, sang, et bien sûr graisses. Ces dernières étaient prisées pour leurs vertus émollientes, notamment dans le traitement des douleurs, des paralysies ou des affections cutanées, mais aussi pour la fabrication de baumes destinés à hydrater et éclaircir le teint.
Plus près de nous, au début du XXe siècle, la marque Humanol commercialisait de la graisse humaine pour traiter cicatrices et plaies. Dans les années 1960, certaines crèmes anti-âge incorporaient également des extraits de placenta issus de cliniques obstétriques.

Aujourd’hui, ces pratiques soulèvent des questions éthiques et suscitent des critiques, cette nouvelle frontière du soin brouillant les lignes entre réparation, transformation et exploitation du corps. Mais pourtant, les « nécrocosmétiques », derrière leur aspect de lubie morbide s’insèrent en réalité dans une tradition séculaire « d’upcycling » des restes humains.
Par Quentin Jagodzinski





Laisser un commentaire