Si de nos jours cette question est beaucoup moins critique, elle a constitué pendant de très nombreuses années une point particulier dans les procédures de R&D et de production de l’industrie cosmétique. Le contrôle microbiologique en cosmétologie a évolué au fil des années pour garantir la sécurité et la qualité des produits cosmétiques. Retour sur les différents aspects autour de cette problématique.

Début du 20e siècle : Les premières préoccupations concernant la contamination microbiologique des produits cosmétiques étaient relativement peu courantes a cette époque. Les premières méthodes de contrôle étaient rudimentaires et se concentraient principalement sur la visibilité des contaminants. Ce qui compte tenu de la difficulté d’identifier les bactéries, était très difficile.
Années 1950-1960 : Avec l’avancement des techniques de laboratoire, des méthodes de contrôle microbiologique plus précises ont été développées et vont se mettre en place progressivement.
- Prédilutions et enrichissement dans un milieu neutralisant. Le but était d’inactiver les conservateurs antimicrobiens.
- Culture sur gélose : Les échantillons de produits cosmétiques étaient inoculés sur des milieux de culture comme la gélose nutritive pour permettre la croissance des bactéries et des moisissures. Après incubation, les colonies formées étaient comptées pour évaluer la contamination.
- Comptage des colonies : Après la culture sur gélose, les colonies de micro-organismes étaient comptées à l’aide de méthodes visuelles. Cela permettait de déterminer la concentration de micro-organismes présents dans l’échantillon.
- Test de la présence de moisissures : Les échantillons étaient incubés sur des milieux spécifiques pour la croissance des moisissures, et la présence de moisissures était vérifiée visuellement.La réglementation américaine a commencé à prendre en compte la contamination microbienne des cosmétiques dans les années 1960.
Années 1970-1980 :
L’importance de la microbiologie dans l’industrie cosmétique a été reconnue, et des normes plus strictes ont été mises en place. Les entreprises ont commencé à utiliser des techniques de stérilisation et de conservation pour prévenir la contamination. En 1972, la FDA a également publié des règlements spécifiques concernant la contamination microbiologique des produits cosmétiques, exigeant des entreprises qu’elles mettent en place des procédures de contrôle de la qualité pour prévenir la contamination. Ces règlements ont été mis à jour au fil des années pour inclure des méthodes de test plus avancées et des normes de sécurité plus strictes. En Europe, la réglementation concernant la contamination microbienne des cosmétiques a commencé à se mettre en place dans les années 1970 également. C’est avec la mise en œuvre de la Directive 76/768/CEE en 1976 que des normes plus strictes ont été établies pour la sécurité des produits cosmétiques dans toute la Communauté économique européenne (CEE).
A partir des années 1980, cette aspect a pris une place importante dans toutes les organisations cosmétiques, conduisant à des procédures spécifiques, incluant un temps de contrôle, voir de mise en quarantaine, que de traitement des ingrédients ou de sanitization des installations.


Aujourd’hui : Le contrôle microbiologique est une partie intégrante de la production cosmétique. Les entreprises utilisent des méthodes de pointe pour garantir que leurs produits sont exempts de contaminants microbiologiques et sûrs pour les consommateurs.
Les normes de propreté microbiologique en vigueur sont actuellement définies dans le cadre des différentes réglementations. Les niveaux de contamination bactérienne acceptables sont fixés à <100 UFC/g pour les produits au contact des muqueuses et contour de l’œil, produits pour enfants de moins de 3 ans, et <1000 UFC/g pour les autres produits. Ceci suppose également l’absence de germes pathogènes. Ces techniques sont pratiquées soit en interne pour les sociétés dotées de moyens, soit en externalisation via des laboratoires spécialisés.
Nous vous proposons de revenir au travers de différentes contributions sur certains aspects de cette problématique, telle qu’elle se présente à l’époque.
L’apparition de la notion de microbiote au début des années 2000 va progressivement remettre en question certains aspects autour de cette question de microbiologie. En effet, dans cette approche on considère que l’on doit protéger le microbiote cutané, voir même on envisage même de développer des produits à base de microorganismes vivants.

Cette approche risque de mettre fin au paradigme actuel, défendu avec force par les tenants du conformisme, et qui veut que les produits doivent être stériles, ou presque, pour éviter des problèmes. Ceci a conduit à la tyrannie du « challenge test » et du dosage intempestif des conservateurs antimicrobiens dans de nombreux produits. La partie émergente de l’iceberg a été la « crise des parabens« . Par la suite, la remise en cause également d’un grand nombre de conservateurs a modifié la situation. L’utilisation de produits d’origine naturelle ayant des propriétés bactéricides, ou de dérivés glycoliques a conduit à la mise en place de nouvelles pratiques au détriment assez probablement de la sécurité du consommateur dans la mesure ou ces nombreuses substances ne sont pas listées dans l’annexe V (liste des conservateurs autorisés) et n’ont donc pas fait l’objet d’un examen approfondi du comité scientifique indépendant pour la sécurité des consommateurs (SCCS) de l’UE.
Reconsidérer ce dogme permettra peut-être d’envisager d’autres solutions que celles connues à ce jour. Comme l’a suggéré un observateur des tendances, des designers se sont déjà engagés dans la voie des créations « vivantes » qui utilisent des bactéries. La notion d’écosystème a pris progressivement la place. En prolongement de cette idée d’écosystème cutané, n’oublions pas celle qui est que la peau fabrique elle-même ses propres armes comme des peptides antimicrobiens (les défensines Prix de recherche CERIES 1998), et autres molécules antibiotiques peptidiques de grande spécificité. Plusieurs substances permettant l’expression de ces molécules au niveau de la peau sont disponibles (BASF, SILAB entre autres).
Dans des exemples d’application récents et connus, plusieurs prennent le contre-pied de l’usage de bactéricides et de substances de ce type. Pour exemple les dentifrices anti-carie à base de bactéries déjà sur le marché aux USA, alors qu’il était plutôt d’usage d’essayer de tuer le germes, ou une spécialsité comme Deobiome Vytrus pour des applications dans les déodorants corporels.
Le nouveau paradigme s’articulerait donc autour de la vie plutôt que de la stérilité ! Un changement radical mais pas sans risque. Cette question autour de la microbiologie des cosmétiques constitue encore une des préoccupations majeures de l’industrie cosmétique. Elle est associé à de nombreuses questions comme les parabens, les générateurs de formol, la sensibilité et le MCS, la cosmétique solide et maintenant la qualité du microbiote cutané et de son influence sur des problèmes plus généraux de santé. Encore de quoi s’occuper un bon moment. Vive la bonne bactérie !!!
Jean Claude LE JOLIFF
Remerciements à Annick Le Bec pour son aide précieuse.
Pour en savoir plus.
- Basel, Clariant Ltd. s. d. « Technical Capabilities ». Clariant Ltd. https://www.clariant.com/en/Business-Units/Care-Chemicals/Personal-Care/Cosmetic-Preservation/Technical-Capabilities.
- Bedoux G. 2022. « Développer un produit stable ». In Conception des Produits Coslétiques La Formulation, III. Cosmetic Valley.
- « Clariant’s New Tool Tests Preservatives at Unprecedented Level to Ensure Safe Cosmetics ». https://cosmetics.specialchem.com/news/industry-news/clariants-new-tool-tests-preservatives-000235288.
- « En 17141-2020 | PDF ». s. d. Scribd. Consulté le 5 février 2025. https://www.scribd.com/document/671961176/EN-17141-2020.
- Feuilloley M. 2018. Evaluation des Produits Cosmétiques : la sécurité. Cosmetiic Valley. http://188.165.50.211.
- Fourniat J. 1992. « Les conservateurs antimicrobiens ». In Actifs et additifs en cosmétologie., Tec Doc.
- Grillon C. 2018. Modèles pour l’évaluation des produits cosmétiques. Cosmetic Valley. http://188.165.50.211.
- « High-Throughput Testing – Ensuring Safe Cosmetics with Cutting-Edge Robotics ». s. d. PressReleaseFinder https://www.pressreleasefinder.com/Clariant/CLABA1929/en/.
- « Microbiologie Cosmétique ». 1951. In Précis de Cosmétologie Tome IV, 276 +.
- « Bactérie, mon amie… mon avenir cosmétique ? (3e partie) » https://cosmeticobs.com/,articles,congres-48,bacterie-mon-amie-mon-avenir-cosmetique-3e-partie-2129.
- « L’ingrédient le plus précieux de l’industrie cosmétique : l’eau » https://cosmeticobs.com/,articles,ingredients-50,lingredient-le-plus-precieux-de-lindustrie-cosmetique-leau-4061.
- « Théorie Microbienne – Encyclopédie de l’Histoire du Monde » https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22085/theorie-microbienne/.





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