Et si comme Monsieur Jourdain …..
L’intelligence artificielle connaît un développement spectaculaire et tout le monde semble s’y intéresser et le revendiquer. Est-ce vraiment une révolution ou simplement une évolution d’un processus entamé il y a des décennies ? Pour répondre à cette question, remontons un peu dans le temps.
Dans les années 1940, en ex-URSS, Genrich Altshuller, expert en brevets navals, pose les bases d’une méthode facilitant l’innovation. En 1949, il écrit à Staline pour parler de ses travaux et critiquer l’état du pays après la Seconde Guerre mondiale. Cette audace lui vaut cinq ans de goulag. Pendant sa détention, il rencontre d’éminents scientifiques et développe la méthode TRIZ, une théorie pour résoudre les problèmes inventifs. À sa libération, malgré les tentatives du régime de l’étouffer, TRIZ se répand en Union soviétique, puis en Occident avec l’arrivée de la perestroïka. La méthode évolue fortement avec l’informatique qui la rend possible dans des conditions satisfaisantes.
TRIZ vise à produire une innovation « rationnelle ». Par exemple, un fabricant de parebrises souhaite en produire de plus légèrs, mais sans perdre en rigidité. Pour répondre à cette matrice de contradiction, la méthode propose après une analyse sémantique rigoureuse une quarantaine de paramètres (dimensions, matériaux, etc.) correspond tous à des effets scientifiques ou techniques connus. Chaque choix fait apparaître de nouvelles pistes jusqu’à trouver la meilleure solution par combinaison. Grâce à TRIZ, même les moins créatifs peuvent innover.
Altshuller, en humaniste, n’a jamais déposé de brevet. Ses successeurs, cependant, ont perçu la valeur de TRIZ. Deux éditeurs de logiciels, Invention Machine et Idealtech, ont proposé des outils basés sur TRIZ. Nous sommes dans les années 1990. Des entreprises comme Renault, PSA, EDF, Faurecia, et Toshiba ont adopté cette méthode pour son approche rigoureuse.
Des groupes d’étude ont travaillé sur cette méthode dans plusieurs entreprises, y compris dans l’industrie cosmétique. Mais pour quels résultats ? La meilleure réponse est souvent le silence et la confidentialité, mais peu d’avancées ont vues le jour..
Pour avoir participé à une large expérimentation sur ce thème il y a de nombreuses années, je peux dévoiler certains résultats. Si le système avait des failles dans la formulation, il a produit des résultats intéressants en termes de développement de produits originaux. Avec le logiciel Invention Machine, nous avons créé un fond de teint original, une technologie innovante pour les déodorants, et amélioré des procédés comme le coulage de rouges à lèvres en s’inspirant des techniques utilisées par les chocolatiers. Cependant, la résistance au changement a empêché ces projets de voir le jour.
L’innovation, la véritable innovation, effraie très souvent.
Invention Machine, fondée au début des années 1990, a rapidement révolutionné l’innovation systématique. Son logiciel phare a changé la façon dont les ingénieurs abordaient la résolution de problèmes complexes. En intégrant TRIZ dans un environnement informatique, il facilitait l’analyse des contradictions techniques et proposait des solutions innovantes basées sur une vaste base de données de principes d’ingénierie et de brevets. Cela a permis de développer de nouveaux produits et procédés avec une efficacité inégalée.
En 2012, IHS Inc., spécialisée dans l’information stratégique, a acquis Invention Machine. Le logiciel a été rebaptisé Goldfire et intégré dans une suite de solutions d’innovation et d’analyse de données, augmentant ainsi son adoption par des entreprises du monde entier. Goldfire utilise désormais des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, devenant une plateforme d’innovation complète pour générer des idées, analyser des tendances et simuler des solutions potentielles. Goldfire est utilisé dans des secteurs variés tels que l’automobile, l’aérospatiale, l’énergie, et la santé.
Quant à son utilisation dans l’industrie cosmétique, elle reste incertaine.
Georg Altshuller, de là où il est, doit être heureux. Le « Don Quichotte de Bakou » a toujours rêvé d’offrir au monde un moyen de faire émerger de meilleurs inventeurs.
Alors, l’IA est-elle vraiment si nouvelle ? Peut-être s’agit-il simplement d’une question de « mots » plus que de réalité.





Laisser un commentaire