Cette appellation Cold cream, qui signifie littéralement crème froide, n’a pas d’équivalent dans la langue française, correspond à une spécialité qui a traversé les siècles, et qui constitue pour l’industrie cosmétique, un des grands piliers. Souvent confondu avec un ingrédient, il s’agit en fait d’un système de formulation qui affiche maintenant plusieurs millénaires. C’est l’alter ego, bien que plus ancien, de la crème stéarate autour desquelles va progressivement se construire l’industrie cosmétiques et de nombreuses routines de beauté. Retour sur cette catégorie.


Le Cold cream, connu également sous le nom de cérats cosmétiques, doit sa dénomination à ce que le produit était préparé par les parfumeurs anglais. Cependant, ces produits étaient utilisés depuis l’Antiquité, sous le nom de Cérat de Galien, ou encore ceratum refrigerans. Les dénominations anciennes sont Cold cream, ou Pommade à la sultane, ou Pommade de limaçon (Cerbelaud).
Le Cold Cream est une émulsion utilisée pour hydrater et protéger la peau. Sa formule unique a traversé les âges, s’adaptant aux besoins et aux connaissances de chaque époque. Ce produit emblématique de la cosmétologie doit son nom à la sensation de fraîcheur qu’il procure lorsqu’il est appliqué sur la peau. Une autre version voudrait que son nom provienne du fait que ces produits étant particulièrement instable, étaient conservés au froid.
Des origines Anciennes
L’histoire du Cold Cream remonte à l’Antiquité. Les premiers témoignages de l’utilisation de crèmes similaires proviennent de la Grèce antique. Le médecin grec Galien, qui vivait au IIe siècle apr. J.-C., est souvent crédité de l’invention de ce que l’on pourrait appeler le premier Cold Cream. Il a créé une formule à base d’eau, d’huile d’olive et de cire d’abeille, connue sous le nom de « cérat de Galien ». Cette préparation était utilisée pour ses propriétés hydratantes et apaisantes.
Durant le Moyen Âge, la formule du Cold Cream a été transmise et modifiée par les apothicaires à travers l’Europe. L’utilisation des extraits de plantes et des huiles essentielles s’est répandue, enrichissant les propriétés cosmétiques du Cold Cream. La précision dans les mélanges et les extraits naturels a contribué à l’amélioration continue de la formule.
À la Renaissance, l’intérêt pour la science et la médecine connaît un essor important, et avec lui, les connaissances en matière de cosmétiques. Le Cold Cream devient un produit de beauté prisé dans les cours royales européennes.
Le XIXe siècle marque un tournant dans l’histoire du Cold Cream avec l’industrialisation et la production en masse. Des modifications majeures sont apportées à la formule de base, comme l’introduction de vaseline, ou l’utilisation d’alcalis comme la triethanolamine et surtout du borax. Des versions à base de vaseline cholestérinée se font jour. Ces modifications ont comme conséquence une meilleure stabilité et la facilité de production. La société Pond’s, fondée par Theron T. Pond en 1846, commence à commercialiser une version de Cold Cream qui deviendra mondialement célèbre. La formule de Pond’s Cold Cream, enrichie en ingrédients raffinés et modernes, offre une texture plus agréable et une efficacité accrue. C’est au cours de cette période que le Cold Cream gagne en popularité auprès du grand public.

Au XXe siècle, le Cold Cream connaît une diversification sans précédent. Les avancées scientifiques permettent d’améliorer les formules pour répondre à des besoins spécifiques : peaux sèches, sensibles, matures, etc. Des marques comme Nivea, Lancôme, Elizabeth Arden, et Estée Lauder développent leurs propres versions de Cold Cream, intégrant des composants tels que la lanoline, le beurre de karité, et des vitamines pour renforcer les propriétés nourrissantes et réparatrices. De très nombreuses versions de ce produit ont existées ou existent encore. L’utilisation de ce type de produit se confirme jusqu’en 1940 où il connait un déclin certain. Ceci est à mettre en relation avec l’émergence d’une activité de recherche et développement en formulation dans l’industrie cosmétique, qui déplacera petit à petit les formules type comme les cold creams ou même encore les crèmes stéarates. Toutefois, il constitue toujours le fond de gamme de nombreuses marques.

Pour finir, signalons que l’appellation de cold-cream est souvent appliquée à un type d’ingrédients alors qu’il s’agit avant tout d’un mode de formulation. Il n’est pas possible de faire des produits contenant une certaine quantité de Cold cream. De ce point de vue, cette allégation est fausse.
Pour plus d’information, on peut consulter ces dossiers qui complètent cette contribution:
- Cold cream
- COLD CREAMS ETUDE de la Cosmétothèque
- Les cérats
- Cold cream : que contient ce cosmétique à succès ?
Plus près de nous, des versions plus modernes est très différentes du cold-cream ont été proposées sur la base de technologies spatiales.
Jean Claude LE JOLIFF





Bonjour,
Une définition du Robert m’interroge : le cold-cream est présenté comme un terme vieilli, ce qu’il n’est a priori pas, mais surtout comme ayant contenu du blanc de baleine, ainsi que de la cire blanche et de l’huile d’amande douce.
Confirmez-vous l’utilisation passée de blanc de baleine ?
Merci.
09 janv. 25
Bonjour,
En effet, au début du XXᵉ siècle, la recette du cold-cream telle que décrite dans le Répertoire général de pharmacie pratique de Dorvault (1908) mentionne bien l’utilisation du blanc de baleine. René Cerbelaud en fait également état dans ses écrits en 1933.
Le blanc de baleine, ou spermaceti, est une substance cireuse issue en réalité d’un organe situé dans la tête du cachalot, participant notamment à la régulation de sa flottabilité. Très riche en esters cireux et en lipides, il était apprécié en cosmétique pour ses propriétés émollientes et sa stabilité. Pour des raisons éthiques et réglementaires, le spermaceti n’est plus utilisé aujourd’hui ; il est généralement remplacé par des équivalents fonctionnels, comme le palmitate de cétyle ou par des cires et huiles minérales ou végétales.
En espérant avoir pu répondre de façon satisfaisante à votre question,
La Cosmétothèque