Depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle, la parfumerie française n’a cessé de se hisser vers les sommets du prestige. En faisant appel à des artisans réputé en verrerie, en travaillant l’agencement de ses vitrines pour en faire des écrins raffinés, elle avait su trouver les moyens d’affirmer son ambition : ne plus être un simple métier d’odeurs, mais un art du luxe, complet et total. En 1925, L’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes consacre cet état de fait en scellant publiquement l’évolution d’un secteur qui, depuis trois quarts de siècle travaille son aura.
En recherche de prestige et de légitimité, les parfumeurs très tôt ont sut utiliser le cadre des expositions universelles pour offrir à la parfumerie l’opportunité de révéler sa dimension artistique. Dès 1851, Eugène Rimmel impressionne les observateurs au Crystal Palace en proposant d’exposer une fontaine à parfum. En 1900, plusieurs exposants à l’instar d’Oriza L. Legrand décorent leur salon dans les styles Louis XV et Louis XVI tandis-ce que d’autres choisissent une voie plus moderne : l’artiste Alphonse Mucha réalise un pavillon Art nouveau pour Houbigant, l’architecte Hector Guimard celui de la parfumerie Millot. Toutefois, la Première Guerre mondiale viens briser l’euphorie moderniste du début du XXe siècle et suspend un temps l’élan créatif du siècle précédent.

L’Exposition de 1925
Organisée à Paris du 28 avril au 30 novembre, elle incarne la volonté de la France de redéfinir le « luxe à la française » à la suite de la Grande Guerre. Cet événement majeur réunit artisanat d’art, design industriel et innovation technique dans des lieux emblématiques de la Capitale, dont le Grand Palais, les Invalides et les berges de la Seine. L’exposition fonde la reconnaissance esthétique de l’Art déco, mouvement dont les premiers représentant peuvent être identifié dès les années 1910. L’esthétique présentée en 1925 n’est plus celle, nostalgique et naturaliste, de l’Art nouveau. Le courant cherche des volumes plus nets, des lignes tendues et fait appel à des matériaux plus « froid » : laque, métal, verre. Sous l’impulsion de créateurs comme Ruhlmann, Süe et Mare ou Lalique, la France expose une modernité consciente d’elle-même, structurée, presque architecturale. Ainsi cette exposition ne se contente pas de montrer des objets : elle affiche l’ambition d’un un pays qui cherche à se reconstruire après la guerre. En 1925, c’est donc Paris qui s’expose à nouveau pour réaffirmer la place unique de la France dans l’art et l’industrie du luxe.
À l’initiative de Robert Bienaimé, Président du Syndicat français de la parfumerie, les industries du secteur participent activement à l’exposition. Initialement classée avec les verriers, la parfumerie obtient finalement sa propre catégorie, la classe 23. Certes, en 1900, elle s’était déjà distinguée en montrant que ses produits relevait bien d’un travail artistique. Mais a cette occasion, les expérimentations réalisée quinze ans plus tôt peuvent atteindre leur plein potentille au sein d’un espace inédit, intégralement dédié à l’art olfactif: le « Palais des Parfumeurs ».

L’art est un parfum sans odeur
Conçu par les architectes Ragné et Mayard, ce palais se distingue par une scénographie particulière ou la dimension esthétique prime sur l’expérience olfactive. Ainsi, les trente-deux maisons exposantes présentent leurs créations sous verre ou en vitrines, sans permettre au public de sentir les parfums. En privant les spectateur de la capacité de sentir les produits et en faisant de cet espace un oxymore de fragrance sans odeurs, l’idée était d’exposer ces objets comme des œuvres d’art contemplatives. Reniant sa nature première, ne se revendiquant plus comme un produit utilitaire, le parfum devient ici un objet conceptuel sophistiqué. Pour mettre en valeur les flacons et les emballages, les stands rivalisent d’originalité en faisant appel aux talents d’artistes verriers tels que Lalique ou Baccarat.
Mais cette volonté de créer de véritables œuvres dépasse le seul parfum. Aux côtés des essences, sont exposés des poudres, des savons et d’autres produits cosmétiques. Peu importe leur destination, chaque création est conçue pour surpasser esthétiquement ce que proposent les industries cosmétiques ou chimiques conventionnelles. C’est donc la maison, ou le parfumeur lui-même, qui devient un esthète et un artiste, et toutes ses créations jouissent de cette aura prestigieuse.
Une scène pour de grands acteurs
Parmi les grandes maisons présentes à l’exposition figurent entre autre des figures tel que Guerlain, Chanel, Coty, Jean Patou, Roger & Gallet, Bourjois, Gabilla, L.T. Piver, Lubin, Grenoville et Rallet. Toutes dévoilent leurs parfums emblématiques ainsi que des gammes étendues de produits : poudres de toilette, savons, lotions et eaux de Cologne. A la fois alliées, unies au sein d’un corps cohérent, ces fabricants restent en compétition les uns par rapport aux autres. Chacun cherche donc à se distinguer en mettant en valeur un savoir faire particulier : Rallet se fait remarquer la qualité de ses savons parfumés, L.T Piver pour ses composition poudreuses, Guerlain pour la cohérence olfactive des ses produits, Gibbs pour ses innovation technique en savonnerie, Roger & Gallet pour le succès de leurs savons ronds, symboles d’un luxe accessible.
Le palmarès officiel, consigné dans le Catalogue général de 1925 et les rapports rédigé après l’exposition, attribue des distinctions à la plupart des grandes maisons. Ces récompenses saluent l’innovation technologique, artistique et commerciale. Parmi les lauréats les plus notables figurent Rallet, Gibbs, Maurice Leblanc, Bona & Bicart, L.T. Piver, Roger & Gallet, Guerlain et Bourjois. Par le mariage entre l’esthétique et la technique, la parfumerie s’affirme comme une composante incontournable des arts décoratifs modernes, participant pleinement au rayonnement du luxe français.
En ayant mis en avant les maisons et leur savoir faire en termes de design, l’Exposition de 1925 permet définitivement de couronner les maisons de parfums comme autre chose que simple des acteurs industriels. Cet événement marque donc un tournant historique puisqu’elle permet à la parfumerie de s’intégrer durablement dans l’imaginaire du luxe en étant considérée à la fois comme garante et moteur d’une vision du prestige français.
Le centenaire de l’événement, célébré en 2025, invite à revisiter cette histoire à travers les archives numérisées de la BnF, les catalogues d’origine et des expositions commémoratives. Nous vous conseillons notamment « Cent ans d’Art déco » au musée des Arts décoratifs de Paris.
Pour en savoir plus :
- PODCAST de la revue NEZ : 1925 – Le parfum dans l’exposition des Arts déco Podcast de Nez
- La Parfumerie française à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes – Gallica





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