De nombreuses organisations ont aujourd’hui disparu, principalement en raison de divers événements et, plus particulièrement, de leur rachat. C’est notamment le cas des Laboratoires sérologiques, qui furent pendant de nombreuses années l’une des références majeures de l’industrie cosmétique. Il ne subsiste désormais que peu de traces de leur existence. À travers cette contribution, nous souhaitons revenir sur cet épisode remarquable.
Le Docteur Georges Pauly, pharmacien biologiste revient à Nancy à la sortie de la seconde guerre mondiale après avoir mené des travaux sur la fermentation alcoolique dans la région de Bordeaux. En 1946, il fonde un laboratoire d’analyses médicales « les Laboratoires Sérobiologiques ». À cette époque, ses recherches portent notamment sur les propriétés biologiques d’extraits de sérum et de liquide amniotique dont il pressent l’énorme potentiel. C’est ainsi qu’il va développer les premiers principes actifs cicatrisants destinés à l’industrie pharmaceutique.
Dans le courant des années 50, l’histoire des Laboratoires Serobiologiques et celle de la cosmétique s’accélère. Mais revenons un peu en arrière.
Les crèmes aux hormones
Dans la mouvance de la découverte du rôle des œstrogènes, les principales marques de cosmétique commencent à s’intéresser à l’antiâge. Les marques américaines vont particulièrement aborder la question de l’antiâge sous l’angle de la compensation de la chute d’imprégnation hormonale chez la femme. En effet, les connaissances médicales de l’époque avait déjà bien identifiées cette phénomène et les dermatologues avaient relevé des modifications de la qualité de la peau lié a la ménopause. D’où l’idée de compenser la perte de production d’œstrogènes par des substituts.
Les premiers produits a voir le jour sont crées à base d’extraits glandulaires. C’est par exemple le cas de la gamme Amor Skin proposée par la marque allemande Opterapia. Puis, avec la mise au point des œstrogènes de synthèse dans les années 30, l’usage d »hormones » se démocratise dans plusieurs gammes de produits, particulièrement aux États-Unis. En effet, à l’époque, la réglementation permet au entreprise de ce pays d’utiliser des substituts hormonaux comme les œstrogènes, la progestérone, ou encore de la prégnénolone. C’est ainsi qu’en 1931, Helena Rubinstein lance sur le marché le « Hormone Twin Youthifiers ». Jusque dans les années 60, ces crèmes aux hormones vont se multiplié aux aux Etats-Unis avant que la réglementation limite fortement l’utilisation de ce type de substance.

Les crèmes placentaires
En Europe, la réglementation ne permettant pas utilisation de ces dérivés hormonaux, les marques doivent rechercher un autre type d’extraits biologiques pour avoir une activité notable, ce qui donnera naissance aux « crèmes dites placentaires ». Cette pratique repose à l’époque sur les travaux de certains chercheurs comme Filatov dont la théorie consistait à utiliser des « stimulateurs biogéniques » pour améliorer le fonctionnement des tissus vieillissants. Ces « stimulateurs biogéniques » sont souvent des extraits biologiques dont les propriétés stimulantes sont connues. Dans un premier temps, il s’agira d’utiliser des extraits placentaires humains, mais ces pratiques compliquées et problématiques sur de nombreux points seront remplacées rapidement par des produits à base d’extraits placentaires animaux, principalement le liquide amniotique bovin, facilement accessible et largement disponibles sur le marché.
La révolution du soin « réparateur »
Invité à l’occasion de divers congrès pharmaceutiques, Georges Pauly parvient à présenter ses recherches aux États-Unis. L’accueil est très favorable et il noue des collaborations scientifiques avec les instituts et hôpitaux universitaires américains. Avec l’hôpital universitaire de New York, il réalise des études cliniques inédites pour le traitement des affections cutanées. Les travaux du pharmacien biologiste ne passent pas inaperçu très longtemps.
En effet, La marque Helena Rubinstein, très importante à cette époque, recherche activement des ingrédients actifs et Madame Rubinstein, souhaite développer une gamme de soins traitant pour la peau dont les bénéfices seraient incontestables et visibles à l’œil nu. La rencontre entre ce pionnier de la cosmétique active, Georges Pauly, et cette grande visionnaire, Helena Rubinstein, est inévitable. Leur collaboration amorce un tournant pour l’histoire de la cosmétique. Quelques années plus tard, Helena Rubinstein lance Skin Life, la première gamme de soins à incorporer des actifs biologiques cosmétiques à l’efficacité démontrée.
Le monde de la cosmétique vient de vivre une révolution. Bien au-delà des simples produits de maquillage et de soins basiques, il s’ouvre désormais sur un horizon passionnant et sans limite, celui des soins traitants et réparateurs. Il sera également à la base de nombreuses spécialités comme la gamme Amnioderm de Payot.
Un laboratoire oublié aux nombreuses innovations
Dans le courant des années 60, l’activité pharmaceutique est abandonnée par les Laboratoires Sérobiologiques au profit des cosmétiques. Dans les années qui suivent, les Laboratoires Serobiologiques se développent, abordent l’internationale, diversifient leur savoir-faire. Forts de leur expérience, il multiplie les découvertes de nouveaux actifs : protection solaire, actif antipollution, liposomes, et les moyens de les transformer en innovations cosmétiques. Ils mettront au point un gel enzymatique exfoliant qui sera très probablement le tout premier produit de ce genre à la fin des années années 60.
Les laboratoires seront également très actifs dans le segment des soins solaires et de la protection solaire. À la fin des années 70, une approche nouvelle sera proposée par les LS avec la notion d’activateur de bronzage. L’idée de base consistera à stimuler le mécanisme de production de la mélanine par l’utilisation de précurseurs biochimiques. Cette spécialité sera à la base d’une gamme de référence, Golden Beauty, introduite à l’époque par la marque Helena Rubinstein. Un peu plus tardivement, le laboratoire proposera une solution pour protéger les cellules de Langerhans directement impliquées dans la perte d’immunité de la peau vieillissante ou de la peau photo exposé. Cette spécialité reposée sur l’utilisation aminoacides un peu particulier ayant des propriétés des photos protection.
Intégrant très tôt la notion d’activité et de démonstration, les LS proposerons une sorte de service « clé en main » en complétant la fourniture des actifs par des éléments de démonstration. Pour se faire, ils créent une structure spécifique. IRBD basée à Pulnoy, travaillant en étroite collaboration avec les marques. Il convient de se rappeler que pratiquement personne ne pratiquait ce genre de tests.
Une équipe dirigeante, dont les plus anciens se rappelleront, peut-être : Georges Pauly et ses fils, Christian, Marc et Gilles, chacun en charge d’une fonction précise dans l’organisation. Jean Marie Fery au commercial qui sera relayé par son fils Jean Luc. Et bien d’autres qui ont oeuvré au succès de cette organisation avant qu’elle ne soit reprise tout d’abord par Cognis , puis en entrant dans le giron de BASF. Elle a malheureusement pratiquement disparue totalement.
Quelques dates clés :
- 1946 : création des Laboratoires Sérobiologiques
- 1953 : rencontre avec Mme Helena Rubinstein. Développement du premier actif antirides basé sur des propriétés cicatrisantes de l’extrait de GAM : association de glycogène et de liquide amniotique. Ce sera la base du Placène® qui sera l’actif de base de la gamme Skin Life.
- 1960 : construction d’une usine à Pulnoy (54) et abandon progressif des activités pharmaceutiques au profit de la cosmétique
- 1982 : créations de IRBD, structure indépendante dédiée à la recherche fondamentale et appliquée pour le développement d’actifs cosmétiques
- 1990 : réorientation stratégique des activités sur le développement d’actifs cosmétiques d’origine végétale, Marine et ou issue de biotechnologie : développement d’un actif booster d’énergie cellulaire a base de glycogène marin et du premier actif anti pollution (Extrait de Moringa).
- 1996 : innovations en matière de protection cutanée avec l’actif Photonyl qui cible pour la première fois la photo cyto immuno protection des cellules de Langerhans. Développement de soins capillaires avec les liposomes anti chute
- 1999 : acquisitions des Laboratoires Sérobiologiques par le groupe Henkel
- 2001 intégrations des laboratoires de division du groupe Cognis. La plate-forme R&D de Pulnoy devient le centre de compétences en biologie cutanée et capillaire du groupe
- 2005 : lancement du programme Arganier. Une initiative très novatrice de développement durable des laboratoires d’autant qu’elle a été initiée en 1998 au Maroc
- 2006 : lancement d’une gamme de peptides antiâge et peau sensible.
- 2010 : acquisition de Cognis par BASF, intégration des LS en tant qu’entité de BASF Beauty Care Solution
Quelques réalisations des laboratoires sérobiologique :
Il existe d’autres exemples de réalisations de ce genre, mais pour lesquelles il est extrêmement difficile d’obtenir les informations pour reconstituer leur histoire. C’est bien dommage, d’autant que bon nombre d’entre elles ont eu des démarches particulièrement innovantes et intéressantes.






















Bravo pour cette excellente revue !
Toute une époque de développement d’une cosmétique scientifique!
Long time ago…