Marilyn Monroe disait « toute femme a besoin d’un homme qui sache ruiner son rouge à lèvres ». Mais ce que l’on sait moins, c’est que cela peut prendre plus ou moins de temps et d’énergie en fonction de la nature … du rouge à lèvres, et en particulier de la tenue du maquillage ! Retour sur cette question de la tenue du maquillage des lèvres
La tenue du maquillage est et reste une question centrale dans le monde de la beauté. Celui du maquillage des lèvres encore plus que tout autre. De tous temps cette question a été au centre des préoccupations. Elle a suscité pendant de nombreuses décennies, et encore actuellement, des travaux de formulation permanents pour essayer d’améliorer ce paramètre.
Qu’est-ce que la tenue d’un rouge à lèvres : elle se définie comme étant l’aptitude à générer un maquillage stable dans le temps, en termes de couleur ou d’effet de maquillage. En effet il y a plusieurs raisons qui explique que le rouge à lèvres ou le maquillage disparaît dans le temps :
- Tout d’abord le fait que l’utilisateur humidifie régulièrement ses lèvres et « mange » son rouge à lèvres ainsi que le frottement des lèvres.
- Que le pourtour de la lèvre présente assez souvent des ridules dans lesquelles le produit pourra diffuser par capillarité.
- Sans parler éventuellement du transfert : nous l’avons tous constaté sur les tasses de café! Ce caractère a été particulièrement mise en évidence avec le port généralisé du masque pendant l’épidémie de COVID.
En effet les lèvres constituent la partie la plus mobile de tout notre corps où il se passe beaucoup de mouvements d’air, de salive, de nourriture et bien entendu de baiser ! Si les causes sont bien connues, il existe fondamentalement 2 solutions pour obtenir un maquillage tenace et stable.
- Teinter la lèvre
- Déposer un film résistant.
- Combinaison de ces 2 effets.
Contrairement à ce que l’on croit, ces caractéristiques ne sont pas uniquement liées à la formulation, mais aussi à la nature des matières colorantes. Et la formulation se fera plutôt en fonction des matières colorantes. Ceci aboutit à la segmentation du type de rouge à lèvres, avec d’un côté les rouges à lèvres dits indélébiles, et d’un autre côté les rouges à lèvres plus classiques à base de corps gras pour lesquels la couleur et la couvrance priment sur la tenue. Le candide ne fait pas la différence, mais le professionnel doit être capable de distinguer entre ces 2 familles. C’est autour d’un caractère essentiel des matières colorantes que les choses s’organisent : la solubilité dans l’eau, avec d’une part les matières solubles par opposition aux substances insolubles. Les colorants solubles teintent durablement la muqueuse sans avoir d’opacité alors que les pigments sont déposés à la surface de la lèvre et présentent une opacité certaine. L’utilisation des uns n’exclut pas nécessairement l’utilisation des autres, mais c’est assez rare. Toutefois l’utilisation de ces matières colorantes suppose de maîtriser une dimension particulière : la solubilisation ou la dispersion en fonction de la phase colorante.
Bien avant l’avènement de la chimie tinctoriale[1] à la fin du XIXème qui permettra de mettre à la disposition des chimistes une grande variété de matières colorantes synthétiques, l’usage était principalement organisé autour de matières colorantes d’origine naturelle, végétale, animale ou minérale. Pour les colorants solubles ceci consistait en l’utilisation de toute une série de substances : des jus de fruits ou de plantes divers et variés comme les extraits de racine d’arkanet, extrait de bois du Brésil, de coquelicot, de fucus, de cerises, de safran, , le pourpre de tyr, etc…. Le raisin, sous forme de jus ou de vin, sera très utilisé, le nom restera dans la pratique courante puisque les sticks sont communément appelés « les raisins » dans les laboratoires . Pour les matières insolubles, des poudres de pierres précieuses broyées, des terres colorées, des poudres tinctoriales comme la poudre de betterave, ou encore de pétales de fleurs broyées comme le coquelicot. Mais aussi et déjà de versions insolubles qu’on appellera « lakes », c’est-à-dire des formes insolubles de colorant solubles, réalisées à partir de différentes sources comme la garance ou le kermès, et dont la cochenille sera l’une des plus usité. De nombreux pigments dérivés de métaux lourds comme le plomb ou le mercure trouveront également un usage assez large dans cette famille de produits : cinabre, minium, vermillon. Toutes ces substances étaient utilisés dans des recettes plus ou moins élaborées, ayant comme support des systèmes très différents allant de l’eau à la graisse animal éventuellement solidifiée en passant par différents types de galénique. À la fin du XIXe siècle, la forme de bâton de matières grasses solidifié va petit à petit supplanter toutes les autres types de présentation. À la fin du XIXe siècle également, les progrès de la chimie de synthèse permettront de produire des quantités conséquentes de toute une série de matières colorantes, insolubles ou solubles, qui remplaceront progressivement les produits d’origine naturelle. Au fur et à mesure que la science et la chimie des colorants ont progressé, des colorants synthétiques ont été développés. Par exemple, des colorants azoïques synthétiques, tels que le rouge Allura (E129), seront utilisés pour obtenir des teintes vives. On finira par distinguer essentiellement les lakes, qui sont obtenus par une insolubilisation de colorant[2], ou les « toner » ou piments, obtenus par précipitation. Ces derniers sont beaucoup plus puissants et beaucoup plus stables que les lakes. D’autres pigments et colorants synthétiques ont également été utilisés pour créer une variété de couleurs dans les rouges à lèvres. Seul le Carmin de cochenille restera un pigment naturel d’une utilisation assez large jusqu’à nos jours où son utilisation n’est plus possible dans les produits végans.
Parmi les matières colorantes, une classe spécifique prendra une place importante : les éosines, appelées également bromoacides. Les éosines ont été découvertes par deux chimistes allemands, Paul Ehrlich et Adolf von Baeyer, à la fin du 19e siècle. Paul Ehrlich était un pionnier dans le domaine de la coloration des tissus biologiques et il a développé plusieurs colorants, dont l’éosine. Adolf von Baeyer, quant à lui, était un chimiste renommé qui a contribué à la synthèse de nombreux composés organiques. Les éosines sont des colorants acides qui sont utilisés pour la coloration des tissus biologiques et des cellules. Elles sont particulièrement utiles pour la coloration des structures cellulaires telles que les noyaux, les cytoplasmes et les composants spécifiques des cellules. Initialement utilisé en biologie ou en médecine humaine pour leurs propriétés antiseptique, leur utilisation dans les rouges à lèvres remonte au début du 20e siècle. Elle est associée à une propriété importante de ce groupe de substance : l’aptitude à colorer durablement les tissus biologiques, c’est-à-dire dans le cas du rouge à lèvres de teinter durablement la muqueuse labiale. Assez rapidement les vertus particulières des éosines en tant que colorant pour rouge à lèvres ont commencé à être appréciées. L’utilisation de ces matières colorantes donnera naissance à une catégorie particulière de rouge à lèvres que l’on appelle : le rouge indélébile. Ces éosines étaient utilisées sous 2 formes, des éosinates alcalins ou sous forme acide. Ce colorant forme par combinaison avec les protéines une coloration très durable et très difficile à éliminer. Toutefois, ces substances sont très difficiles à mettre en œuvre car totalement insolubles. Les chimistes se sont donc attaqués à cette question en recherchant des procédés ou des solvants adaptés. Certains des premiers rouges à lèvres utilisaient de l’éosine dispersé dans des corps gras comme l’acide stéarique et en faisant fondre ce mélange avec des cires et des huiles. La coloration était obtenue lorsque l’éosine se dissout au contact de l’humidité de la lèvre, et en se fixant sur les protéines de surface[3] [4]. Il faut toutefois souvent ajouter des piments pour donner une couleur suffisante au bâton. De tels bâtonnets produisaient une coloration satisfaisante, mais avaient tendance à se dessécher et à s’effriter après le vieillissement. En 1927, le chimiste français Paul Baudecroux dépose un brevet concernant une composition cosmétique qui conduira à un produit très célèbre, le Rouge Baiser. L’idée repose également sur l’utilisation d’éosines. Partant du fait que le meilleur solvent de l’éosine est l’eau, mais l’eau ne se mélange pas aux corps gras, il va trouver un moyen de dissoudre l’éosine. Cela consiste à dissoudre préalablement l’éosine dans un solvant, un glycol, puis de l’incorporer dans une masse de cires et d’huiles en émulsionnant le tout pour garantir une bonne dispersion. Telle est l’origine des rouges émulsionnés. Le brevet de Baudecroux sanctionnait cette formule. Il protégeait la préparation d’une émulsion en phase aqueuse continue d’une solution d’éosinate en proportion importante. Comme émulsionnant, il préconisait le savon de TEA ou le borax et comme phase dispersée, les constituants gras du rouge habituel. Ces produits présentaient les caractéristiques d’utiliser quelques fois conjointement des pigments et des éosines, les pigments permettant d’obtenir la couleur alors que les éosines sont principalement responsables de la trace. La trace donne à l’utilisateur une impression de tenue prolongée.

M. Gattefossé donne dans les années 50 pour la teinture de la lèvre par une éosine dispersée l’explication suivante : Les parties hydrophiles chargées de colorant adhérent à la muqueuse et la colorent, tandis que les chaînes grasses se tournent vers l’extérieur et donnent le brillant.
À partir des années 60, l’utilisation des bromoacides va progressivement décliner bien que leur utilisation reste possible sur le plan réglementaire. Plusieurs raisons à cela : la coloration qui est quelques fois trop tenace, les variétés de nuances peu variées et quelques questions autour de l’innocuité de ces matières colorantes, les éosines étant souvent décrites comme « desséchantes ». La formulation des bases va s’orienter presque exclusivement vers des mélanges de corps gras. Ils sont de natures organoleptiques différents pour donner des rouges à lèvres conventionnels dits sans « trace », cette propriété n’étant plus recherchée. Ils utilisent en particulier des huiles hautement adhésives ou des agents filmogènes pour maintenir les matières colorantes. Tout l’art va être de trouver des balances de formulation pour satisfaire à la fois au caractère d’onctuosité recherché, au confort du produit sur la lèvre à l’usage et à la tenue dans le temps ainsi que l’absence de migration dans les plicatures autour de la bouche. L’art du dosage reste de la problématique centrale de cette famille de produits. Ces produits, s’ils sont plus confortables, présentent assez souvent un film épais, dont la tenue sur la lèvre est discutable. Les eaux de maquillage des lèvres ou les solutions de colorants, ainsi que toute une série de produits analogues, finiront par disparaître au profit des sticks et des bâtons[5]. Un procédé alternatif permettant d’utiliser des colorants hydrosolubles sera proposé. Un peu dans l’idée du procédé Beaudecroux, il consistait en la dissolution des colorants dans un de lipopeptide à base d’arginine, le tout étant ensuite dispersé dans une masse cireuse composant le Rouge à lèvres. Ce procédé ne sera pas commercialisé.
Pour gérer les problèmes de tenue du maquillage des lèvres, l’attention va alors se porter sur la nature des corps gras utilisé en formulation. Les recherches tourneront autour de plusieurs items : l’adhésion, la volatilité et la fixation du maquillage. C’est ainsi qu’autour de l’adhésion de nouveaux types de corps gras seront utilisés, principalement des « résines tackifiantes », c’est-à-dire qui augmente la tenue du film déposer à la surface de la lèvre. Ces substances, souvent semi-liquides ou pâteuses, ont des propriétés d’adhésivité intéressantes, mais ne sont pas toujours confortables à l’utilisation[6]. Cette recherche de confort se fera autour de corps gras plus émollients que poisseux.
Mais ce qui va profondément modifier le concept de formulation sera l’apparition des huiles volatiles. Et en particulier l’apparition d’un nouveau type d’huile volatile : les silicones volatiles. Ceci va permettre l’introduction d’une dimension nouvelle en formulation qui est que la quantité d’huile rémanente peut varier dans le temps après application de façon contrôlée. L’illustration de cette évolution sera l’apparition ou plutôt le retour des produits de maquillage non-transfert. Pour améliorer la tenue d’un rouge à lèvres, il faut diminuer la quantité de corps gras qui reste à la surface de la lèvre. Cependant, ceci conduit à appauvrir les formulations en corps gras. Du coup l’application devient difficile et inconfortable. L’utilisation d’huiles volatiles va être la réponse à cette matrice de contradiction. A partir des années 90, les silicones volatiles vont ouvrir la porte à ce type de formulation grâce à leurs propriétés organoleptiques très satisfaisantes, odeur, goût et toucher, et par une excellente compatibilité cutanée. Elles permettent une application facile et aisée et, par suite de leur évaporation, une concentration et une fixation du film coloré améliorant de façon très sensible la tenue du produit, c’est-à-dire le temps pendant lequel le maquillage reste constant. Si dans le même temps on incorpore à l’ensemble de la formulation un filmogène qui par évaporation de la phase solvant formera un film de surface résistant, on obtient des produits dont la résistance au transfert est importante. Ils sont qualifiés de « non-transfert ». Ces filmogènes seront souvent des résines siliconées, comme le triméthylsiloxysilicate[7]pour obtenir une bonne compatibilité avec la phase solvant composée essentiellement de silicone. Des brevets vont fleurir comme celui-ci qui est des premiers produits de ce type. Il sera le chef de fil de toute une série de produits revendiquant la longue tenue du maquillage sont le produit emblématique sera : Colorstay de Revlon.

Malgré les brevets initiaux, de nombreuses marques vont proposer ce genre de produits dans le courant des années 90. Toutefois, la présence d’une fraction volatile dans le produit oblige à ce que les étuis soient étanches. Cette contrainte sera difficile à obtenir. De plus elle grève assez significativement le prix des éléments de packaging. Elle contribuera, au même titre que la notion d’inconfort généré à l’utilisation de ces produits, à ce que cette technologie fasse plus ou moins long feu. Mais il en restera quelque chose et les encres à lèvres et rouges à lèvres liquides qui apparaîtront dans les décennies suivantes reprendront cette logique de formulation en les améliorant.
A la fin des années 90, un nouveau concept de produit de maquillage des lèvres est apparu. Le promoteur de cette idée a été de nouveau la société Revlon en proposant un produit de maquillage des lèvres composé de 2 parties : une partie colorante appliqué en premier destiné à délivrer de la couleur de façon tenace et une partie destinée à être appliqué au-dessus du film de couleur pour lui conférer de la brillance. Ce seront les rouges à lèvres doubles. Le produit leader s’intitulait Colorstay Overtime sous la forme d’un étui présentant séparément chaque produit.


Du point de vue de la composition, ceci correspondait à une solution de résine de silicone dans un solvant volatile de type silicone associé à une paraffine de bas PM.
Exemple de formulation : Isododecane, Dimethicone, Trimethylsiloxysilicate, Polyethylene, Disteardimonium hectorite, C12-15 alkyl benzoate, Methicone, Silica, Propylene carbonate, BHT, Sorbic acid, Caprylyl glycol 1,2-hexanediol (+-) Mica Ci 7716 Ci 77891 Ci 15850 Ci 45410 Ci 17200 Ci 19140 Ci 15985 Ci 42090 Ci 77491 Ci 77492 Ci 77499 Ci 75470

La partie destinée à donner le brillant est réalisé à base de d’huiles de silicone à fort indice de réfraction comme des huiles phénylées. D’autres spécialités associant deux produits, un pour la couleur et la tenue, l’autre pour le brillant seront proposés. Dans cet exemple, chaque partie peut être vendue individuellement permettant des associations personnalisées.


La dernière évolution dans ce domaine réside en 2023 dans une solution technique proposée par la société Shiseido. Cette marque a mis au point une technique dénommée « Water sensing ». Selon l’inventeur, lorsque le rouge à lèvres est appliqué sur les lèvres, il se forme une association avec les matières colorantes au contact de l’eau sur les lèvres et une réorganisation de la partie colorante. Les matières colorantes forment alors un réseau en forme de boucle, ce qui empêche la séparation des matières colorantes individuelles les unes des autres. Elles adhèrent alors étroitement aux lèvres pour produire une couleur durable.

Ceci ressemble à la théorie de RM Gattefossé en 1950. De plus, contrairement aux rouges à lèvres conventionnels, qui utilisent une huile hautement adhésive ou un agent filmogène pour maintenir les colorants, les rouges à lèvres utilisant cette technologie empêchent le film de revêtement de durcir en restant suffisamment élastique, permettant d’obtenir une formulation de rouge à lèvres avec une sensation à la fois lisse et légère et une couleur durable. Cette technologie est utilisée dans « MAQuillAGE Dramatic Essence Rouge », sortie en novembre 2023.
Ingredients listing Dramatic Essence Rouge :Diphenylsiloxyphenyl trimethicone, diphenyl Dimethicone, polyglyceryl-2 triisostearate, polyethylene, Triethylhexanoin, Hydrogenated Polyisobutene , PEG-10 Dimethicone, Silica, Sideroxylon spinosum, glucosyl hesperidin, olive fruit oil, Sodium Acetylated Hyaluronate, camellia seed oil, Simmondsia Chinensis (Jojoba) Seed Oil, Allantoin, microcrystalline wax, triisostearin, Malic Acid triethylhexanoate, diisostearyl malate, glyceryl diisostearate, silicic acid (Li/Mg/Na), Tocopherol, Aluminium Hydroxide, Glycerin, methicone, tetradecene, simethicone, tetrahydrotetramethylcyclotetrasiloxane, BHT, ascorbic acid, tin oxide, fragrance, Mica, Titanium Dioxide, Iron Oxide, Ba sulfate, red 202, red 201, blue 1……..
Mais comme toujours, si l’on veut progresser dans la maîtrise d’un problème particulier, encore faut-il pouvoir le mesurer, pour le comparer et le faire progresser. Cette question est assez délicate dans le monde de la cosmétique car l’évaluation est très souvent subjective, particulièrement dans le cas du rouge à lèvres. A côté des tests d’usage réalisés souvent par des experts et dont l’interprétation est toujours délicate, des techniques d’évaluation vont progressivement voir le jour. C’est par exemple celle développée par Max Factor pour tester la tenue dans les conditions d’usage. Il s’agit d’un dispositif permettant de mimer expérimentalement un baiser en faisant varier certains paramètres. La machine est conçue pour simuler un baiser. Cette machine est surnommée « kissing machine ». Le rouge à lèvres est appliqué sur une des maquettes de lèvres. L’autre maquette est approchée et appliquée sur la première en faisant varier la pression à l’aide d’un manomètre prévu à cet effet. On mesure aussi précisément que possible la quantité de produits transférés de l’une des maquettes à l’autre. Une feuille de papier pouvait être positionné entre les deux lèvres pour évaluer la tenue. La machine permettait entre autres de mesurer le nombre de baiser que le rouge à lèvres pouvait supporter sans perdre sa couleur. Nous étions dans les années 1930.

Le développement des produits non-transfert dans les années 90 s’accompagnera d’une série de tests beaucoup moins sophistiqués, orientés principalement autour de l’idée du test du mouchoir. Ce test consiste à appliquer le rouge à lèvres, puis à l’aide d’un mouchoir ou d’un coton que l’on mordille, d’évaluer la résistance au transfert. La mesure de la couleur transférées peut se faire de façon très simple, visuelle, ou alors à l’aide de moyens un peu plus sophistiqués comme un colorimètre ou de l’analyse d’image.
De nos jours, l’analyse d’images est devenue le moyen le plus classique pour évaluer les performances d’un produit, et en particulier de cette tenue dans le temps ou son aptitude à transférer.

Voilà pour cette saga à date. Ne doutons pas qu’il ne s’agit pas de la dernière évolution. Cette question de la tenue du maquillage est particulièrement résiliente, et les laboratoires continuent activement de travailler sur cette notion. Rendez-vous au prochain numéro.
Jean Claude LE JOLIFF
[1] La chimie tinctoriale est une branche de la chimie qui étudie les colorants et les pigments. Elle a pour objectif de développer des colorants de qualité répondant aux exigences de variété, d’éclat et de stabilité
[2] Le terme colorant est généralement réservé aux colorants solubles, mais l’usage courant fait qu’on applique cette définition a tous types de matières colorantes. En anglais le terme « dye » défini précisément cette catégorie.
[3] Les éosines finiront par disparaître, mais les ingrédients associés à leur utilisation resteront, le meilleur exemple étant l’huile de ricin. Utilisé pour son pouvoir solvant vis à vis des éosines, il restera une des bases de formulation.
[4] Ce procédé continue d’être utilisé pour réaliser des produits changeant de couleur à l’usage. L’éosine acide n’était pas pigmentaire, la dispersion permet d’obtenir un bâton incolore. La coloration apparaît par dissolution de l’éosine au contact de la lèvre. Cet effet est improprement attribué à un effet de pH.
[5] Il faudra attendre une cinquantaine d’années pour les voir revenir dans le catalogue de spécialités cosmétiques.
[6] Voir Conception des produits cosmétiques – 3ème édition – Page 325 – Edition Cosmetic Valley
[7] Des résines générant des films moins durs seront étudiées.





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