La biochimie, qui est une science relativement jeune, constitue pour l’industrie cosmétique un gisement intéressant pour la mise au point et le développement de nouveaux concepts. Une nouvelle approche, issue de cette science, commence à se dessiner pour compléter la panoplie de stratégies antiâge déjà existantes. Le NAD ou nicotinamide adénine dinucléotide. Explications.
Le recours à des concepts issus de la biochimie est maintenant une démarche parfaitement établie et reconnu dans le monde de la cosmétique. Le terme de biochimie est apparu au début du XIXème siècle lorsqu’une théorie appelée vitalisme a prévalu selon laquelle les substances existantes dans la matière vivante étaient qualitativement différentes de la matière non vivante et qu’elles ne se comportaient pas selon les lois connues de la physique et de la chimie. Selon le vitalisme, les réactions biologiques étaient produites par une force vitale mystérieuse, et non par des processus chimiques ou physiques. Cette idée va perdurer jusqu’à ce que les travaux des frères Buchner (1897) montrent que certaines réactions peuvent se passer en dehors des cellules vivantes. Dès lors, l’idée que la complexité des processus chimiques biologiques est contrôlée par des transferts d’énergie au cours du métabolisme va s’imposer. Depuis, la biochimie a pu rendre compte d’un nombre considérable de processus biologiques, au point que pratiquement tous les domaines de la biologie, de la botanique à la médecine, sont aujourd’hui engagés dans la recherche biochimique, voire biotechnologique. L’objectif principal de la biochimie aujourd’hui est de comprendre, en intégrant les données obtenues au niveau moléculaire, comment les biomolécules et leurs interactions génèrent les structures et processus biologiques observés dans les cellules, ouvrant ainsi la voie à la compréhension des organismes dans leur ensemble.
Ces idées vont petit à petit diffuser dans le monde de la cosmétique. Après une période (1930-1950) consistant à utiliser des substances ayant une activité biologique connue ou supposée comme les extraits de Filatov avec leurs « biostimulines », ou des extraits biologiques comme les extraits placentaires qui vont être utilisés par toute une série de produits emblématiques : Tree of Life Cream de Helena Rubinstein en 1958 ou Amnioderm de Payot. Dans le même temps, autour des années cinquante, une autre substance voit le jour, celle du placenta végétal. Une idée originale, indirectement à la base de la cosmétique bio, qui utilise des substances d’origine végétale pour leurs propriétés biochimiques. Mais la compréhension des mécanismes biochimiques au sein de la peau va progresser rapidement. Il faudra attendre la seconde partie du XXème siècle pour que ces idées s’imposent. Parmi les marqueurs on retiendra la publication du Traité de Biochimie Cutanée par Jean Morelle en 2 volumes en 1957 et 1958.

Une partie des avancées s’organisera alors autour de la compréhension des mécanismes métaboliques. On va dès lors viser des systèmes biologiques, bien identifiés, comme la vitalité cellulaire, la consommation d’oxygène, les ATP booster (Adénosine Tri Phosphate)… que l’on peut évaluer et mesurer, ce qui est tout à fait nouveau. D’autres concepts seront assez proches comme tout ce qui tourne autour du Coenzyme Q10. Ces concepts sont toujours d’actualité. Plusieurs produits connus illustrent cette famille comme la Crème FRE de Chanel ou la Crème B21 d’Orlane à base d’aminoacides. La déclinaison des produits Nivéa autour du Q10 en est un autre exemple. Plus tardivement, des spécialités rassemblant pratiquement le manuel de Biochimie Médical de M.Polonovski seront proposées (NCTF Filorga 2000). Des recherches issues du monde académique vont petit à petit préciser un certain nombre d’éléments autour de la biochimie cutanée et du rôle de certaines molécules. Très vite l’idée que certaines molécules bioactives pourraient être impliquées dans les mécanismes de vieillissement va émerger. Au-delà des molécules structurelles et fonctionnelles comme le collagène, l’élastine ou l’acide hyaluronique, des éléments concernant le métabolisme cellulaire constitueront des cibles biologiques d’intérêt. Le NAD est le dernier en date.
Le nicotinamide adénine dinucléotide (NAD) est une coenzyme présente dans toutes les cellules vivantes. Il existe sous une forme oxydée, notée NAD+, et une forme réduite, notée NADH.

Le NAD+ a été découvert en 1906 par les biochimistes britanniques Arthur Harden et William John Young. Le NAD est un cofacteur qui participe aux réactions d’oxydoréduction, qui sont nécessaires pour la production d’énergie, la réparation de l’ADN, la régulation génétique et la protection contre le stress oxydatif. Le NAD est également le substrat des sirtuines, ces enzymes qui modulent l’expression de gènes liés au vieillissement, à l’inflammation, au métabolisme et à la mort cellulaire.
Son implication dans les mécanismes de vieillissement été pris en compte à partir du moment (2010 et +) où des recherches ont montré que le taux de NAD diminue dans les tissus lors du vieillissement, ce qui entraîne une réduction de l’activité des sirtuines et une altération des fonctions cellulaires. Il est donc intéressant de trouver des moyens d’augmenter le niveau de NAD. Plusieurs stratégies ont été proposées pour augmenter le niveau de NAD, notamment l’apport de précurseurs du NAD, comme le nicotinamide mononucléotide (NMN) et le nicotinamide riboside (NR), qui sont des formes de vitamine B3. Ces compléments ont montré des effets bénéfiques sur la santé et la durée de vie chez les animaux et les humains, en activant les sirtuines et en améliorant le métabolisme énergétique, la réparation de l’ADN, la résistance au stress et la fonction mitochondriale. D’autres stratégies comprennent la restriction calorique, l’exercice physique, la stimulation électrique et la modulation pharmacologique des enzymes impliquées dans le métabolisme du NAD.
Pour les applications cosmétiques, l’idée a été de façon évidente de trouver des substances préférentiellement d’origine naturelle susceptibles d’augmenter le taux cutané de NAD. C’est la voie qu’a suivi Mibelle Biochemistry pour développer une nouvelle spécialité, RejuveNAD™ destinée à ce type d’application. Elle est obtenue à partir de jeunes pousses de tournesol.
Mibelle nous présente plus en détail cette spécialité. RejuveNAD+
Cette nouvelle spécialité semblait être la plus aboutie dans ce genre de développement, encore que les différentes approches n’ont pas été testé strictement en parallèle. Comme quoi, la Cosmetique continue de progresser, et il nous semble important de suivre ses progrès.
Bonne lecture
Jean Claude LE JOLIFF
Merci à Vincent Briffaut pour cette contribution.





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