Un article récent publié le 23 mars 2026 sur Premium Beauty News mettait en avant la percée spectaculaire des brumes corporelles au Brésil. Dans ce pays, la catégorie se distingue par son dynamisme : en 2024, elle a généré un chiffre d’affaires de 5,7 millions d’euros, soit une hausse de 154 % par rapport à l’année précédente.
Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’usage qui interpelle. Comme le soulignent plusieurs acteurs du marché, ces produits participent à une transformation du geste parfumé : plus quotidien, plus spontané, moins associé aux seules occasions spéciales. Utilisées après le sport, avant de se coucher ou simplement pour se rafraîchir dans la journée, les brumes corporelles s’inscrivent dans une logique de bien-être accessible, presque hygiénique, largement influencée par le climat tropical du pays.
L’information ne nous est pas passée inaperçue puisqu’elle fait écho à notre article intitulé « les lance-parfums, un anesthésique en fête ». Car derrière cette apparente nouveauté se dessine en réalité une histoire bien plus ancienne.
Pour rappel, le lance-parfum est à l’origine un produit français issu d’une mutation industrielle de l’usage du kélène, un anesthésique volatil. Mélangée à des essences parfumée, le kélène devient, au début du XXe siècle, le lance-parfum : une nouvelle manière de se rafraîchir et de se parfumer, notamment dans des contextes mondains et surtout festif, lors des carnavals. Le produit fait de l’acte de se parfumer une expérience sensorielle immédiate, ludique voir transgressive.
Au Brésil, le produit prend une ampleur considérable. Dès 1919, des usines dédiées à sa production voient le jour, témoignant d’un engouement massif pour le produit. Interdits dans les années 1960, les lance-parfums disparaissent légalement du territoire à cause de leur composition chimique.
Ainsi, ce que révèle finalement l’engouement actuel pour les brumes parfumées, c’est aussi un retour, discret mais réel, d’une pratique encrée dans les habitudes du pays. Celle de l’aspersion de parfum diffus, léger, frais et accessible. Une manière de renouer, dans de nouveaux cadres, avec une gestuelle oubliée, débarrassée cette fois de ses ambiguïtés sanitaires.
Bref, comme souvent en cosmétique, regarder le passé reste une clé précieuse pour anticiper l’avenir. Ces « innovations » et ces promesses de « marché en pleine expansion » étaient peut-être bien plus prévisibles qu’il n’y paraît.
Quentin Jagodzinski





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