Pendant les périodes de guerre, et malgré les restrictions d’approvisionnement sur les ingrédients de base, la machine économique doit continuer de tourner. On continue donc à produire du savon, mais pas toujours le même !

Même si l’hygiène n’était pas spécifiquement développée, la Première Guerre mondiale a provoqué une forte pénurie de savon en raison du manque de matières premières (huiles plus particulièrement) et de main-d’œuvre. Jouant sur la fibre patriotique des consommateurs, de nouvelles marques sont ainsi déposées. Parmi les nouvelles estampilles qui apparaissent, on peut noter le savon, le Poilu, le Képi, le Savon Français, le savon de la Marne, le 75, l’Anti Boches, le Rayon de Gloire, le National etc. Des mères, les sœurs, les épouses les achètent pour les glisser dans le colis destiné au front afin de montrer aux soldats qu’on ne les oublie pas à l’arrière. Toutefois, les pénuries vont rendre le savon rare et difficile à produire, affectant aussi bien l’industrie que la vie quotidienne des civils.
Pour nos Soldats, grâce au petit sou que ses élèves économisent chaque semaine sur leurs friandises, Mme Thirion, directrice de l’école Saint-Georges, a pu, de nouveau remettre à M. Le Sous-Intendant militaire, 40 serviettes de toilettes, 40 paires de chaussettes, 80 mouchoirs de poche; 40 savonettes et divers menus objets. Merci à noss fillettes; leur beau geste contribuera à donner un peu plus de bien être à nos vaillants défenseurs.
L’Est Républicain, 22 mai 1915

A partir de 1916 en Allemagne les détergents de synthèse, ancêtres des détergents, feront progressivement leur apparition. Face a la pénurie, on trouvera donc d’autres façons de fabriquer du savon. C’est par exemple ce savon trouvé à l’Historial de la Grande guerre à Péronne. Il s’agit d’un savon de tranchée dénommé KA Seife. L’armée allemande avait édité en 1907 est un règlement sur la santé, précisant entre autre des consignes de propreté. Ce savon faisait partie du dispositif pour prévenir les infections. Mais pauvre en matières premières pendant cette période, l’Allemagne était dépendante de ses approvisionnements. Et beaucoup de choses étaient rationnées. La fabrication du savon faisait partie des restrictions. Il devait être fabriqué par certaines sociétés autorisés, comme par exemple Schumann & Wille, et il devait répondre à des critères précis de composition. Le savon de guerre allemand était donc composé de 20 % de détergents et 80 % de granulats, uniquement des charges minérales. Après les périodes de guerre, il faudra plusieurs années pour que la production retrouve son niveau initial, la reprise n’est en fait effective qu’à partir de 1924.

Le « Monsavon sans mousse », (et sans ticket de rationnement !) découvert au Mémorial de Caen date quant à lui de la seconde guerre mondiale et serait un digne représentant de ce que l’on appelle maintenant le Do it Yourself. Il y a même la formule et la façon de faire qui va avec:
- Mettre dans une casserole 2 l d’eau et 400 g de cendres de bois,
- Faire bouillir pour réduire à 1,5 l,
- Ensuite passer pour enlever toute impuretés de la cendre,
- Ajouter 150 g de cristaux d’une bougie, 1 cuillère à café de talc, 1 cuillère à café de glycérine,
- 125 grs de savon ,
- Faire bouillir 30 minutes.
- Moulé, puis démouler le lendemain.

La seconde guerre mondiale obligea plus d’innovation encore. De nouveau tensioactifs de santé sont développés. Peu chers, moins demandeurs en matière noble, ils supplantent à partir des années 50 le savon traditionnel. Celui-ci gardera toutefois une place pour les usages et attitudes. Mais la situation sera sensiblement différente lors de cette période. En effet, l’alliance avec les États-Unis va permettre de disposer plus régulièrement de certains éléments essentiels, dont les savons feront partie. En 1940, les «trois grands» —Colgate, Lever et Procter and Gamble — contrôlaient environ 75% du marché des savons et détergents. Ils fabriquaient une grande variété de produits, tels que des shampooings, des détergents à vaisselle, des nettoyants liquides et du savon de toilette, mais la partie la plus importante de leur activité était le savon à lessive robuste, qui représentait environ les deux tiers des ventes. Procter and Gamble détenait environ 34% du marché. Lever était en deuxième position avec 30% et Colgate suivait avec 11%. Ce sera donc l’IVORY SOAP de la société Procter Gable, qui sera le produit emblématique pour suppléer à certaines défaillances.
La composition du savon Ivory de Procter & Gamble, à l’origine (début XXᵉ siècle), reposait principalement sur :
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Sodium tallowate (issu de la saponification du suif, donc graisse animale), Sodium cocoate ou sodium palm kernelate (issus de l’huile de coco ou de palmiste), Eau, Chlorure de sodium (sel), Silicate de sodium, Sulfate de magnésium, Parfum
Ce savon était réputé pour sa pureté (« 99,44% pur ») et sa capacité à flotter grâce à l’incorporation d’air lors de la fabrication.

Ces périodes de forte déstabilisation porteront un préjudice important à l’ensemble de la filière de la savonnerie. Elles conduiront également à l’émergence de nouveaux produits reposant sur les détergents synthétiques plutôt que les savons sur base naturelle.En 1946, Procter and Gamble a radicalement changé la balance en sa faveur en introduisant Tide, le premier détergent à lessive à usage intensif. En 1949, Tide avait capturé 25 pour cent du marché des détergents à lessive.
L’histoire du savon se développera surtout à partir de ce moment autour des savons fins parfumés.
Jean Claude LE JOLIFF




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