Au fil du temps, le savon s’est imposé comme un objet à la fois banal et essentiel de notre quotidien. Pourtant, il est porteur d’une histoire fascinante et méconnue que nous vous invitons à découvrir à travers cette série. Ses origines remontent à l’Antiquité, bien avant notre ère. Bien que la datation précise de son invention reste incertaine, de nombreuses sources suggèrent que le savon existe depuis plus de 4000 ans. »
Petit rappel de chime avant tout. Un savon, sur le plan chimique, est un sel, au sens de la chimie la combinaison d’un acide et d’une base, obtenu par la réaction d’une base forte (comme l’hydroxyde de sodium ou de potassium) avec un acide gras ou plus généralement d’un mélange d’acides gras. Ce processus s’appelle la **saponification**. Les acides gras sont des composants des graisses ou des huiles, qui, en présence d’une base, se transforment en savon et en glycérine comme sous-produit.

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Graisse/huile (triglycéride) + Base forte → Glycérol + Savon (sel d’acide gras)
Les savons ont une structure amphiphile :
- Une tête hydrophile (polaire), souvent un ion carboxylate (-COO⁻), qui aime l’eau.
- Une queue hydrophobe (apolaire), composée d’une longue chaîne d’hydrocarbures, qui repousse l’eau mais attire les graisses.
Cette propriété leur permet d’agir comme des agents nettoyants, en entourant les impuretés huileuses ou particulaires et en les rendant « solubles » dans l’eau. C’est la base du nettoyage, que ce soit de la peau de la chevelure, de tissus ou de fibres ou encore de surfaces.
Les premières traces de l’utilisation de substances savonneuses remontent à 2800 av. J.-C. en Mésopotamie. Les Sumériens, puis les Babyloniens, utilisaient une matière semblable au savon à base de cendres de plantes et de graisses animales mélangées à de l’eau. Cette pâte était utilisée principalement pour laver la laine et le coton avant tissage. Les Égyptiens, vers 1500 av. J.-C., utilisaient également des mélanges de cendres, d’huile et de graisses animales pour se laver. Des papyrus anciens mentionnent même des recettes de savon. Les Romains, quant à eux, popularisèrent l’utilisation du savon pour l’hygiène personnelle par l’usage du savon dans les bains publics autour du 1er siècle apr. J.-C.

Le mot « savon » aurait pour origine un nom latin qui viendrait du mot sapo. De nombreuses légendes romaines évoquent le Mont Sapo, où les cendres volcaniques riches en minéraux étaient utilisées pour fabriquer des produits nettoyants. Selon la légende, ce mont était le lieu d’importants sacrifices animaliers effectués par les anciens Romains. Or, les graisses animales d’animaux sacrifiés, mélangées à de l’eau de pluie et aux cendres des bûchers, aurait créé une sorte de savon naturel qui ruisselant de la montagne jusqu’au Tibre permettait aux femmes de laver leur linge dans des ruisseaux moussants. Une autre légende raconte l’existence de prêtresses dédiées au culte du Mont Sapo. Ces femmes, considérées comme les gardiennes des secrets de la montagne, se consacraient exclusivement aux rituels sacrés. Elles préparaient des potions et des onguents à partir des plantes locales et du fameux « savon » naturel formé par les sacrifices. Des fouilles modernes ont révélé des artefacts religieux, des restes de sacrifices et des inscriptions anciennes, confirmant certaines des légendes entourant la montagne.
L’évolution du savon au fil des siècles est fascinante. C’est au VIIe siècle que la fabrication de savon, telle que nous la connaissons aujourd’hui, a commencé à se développer, notamment avec les contributions des chimistes arabes qui ont amélioré la recette et la méthode de production. Au Moyen Âge, la production de savon en Europe connut une stagnation, mais elle fut maintenue vivante dans les régions méditerranéennes comme l’Espagne et l’Italie. Le savon était principalement produit dans les monastères à partir de graisses animales ce qui leur donnaient une couleur sombre et une texture assez dure. Les recettes se transmettaient de génération en génération. La ville d’Alep, en Syrie, devint célèbre pour son savon à base d’huile d’olive et de laurier. Ce savon, aujourd’hui connu sous le nom de savon d’Alep, est encore fabriqué de manière traditionnelle. Une loi de 1688, sous Louis XIV, réglementa la fabrication du savon en interdisant l’utilisation de graisses animales. En Europe, les villes de Marseille et de Nantes en France, de Savone ou de Naples en Italie devinrent des centres importants de production de savon. En Espagne, le savon de Castille, également à base d’huile d’olive, devint très populaire.

A la Renaissance, l’Europe a vu l’émergence de savonneries plus structurées, notamment à Marseille en France, où le savon dit de Marseille est devenu célèbre pour sa qualité.
XVIIe et XVIIIe siècles : La science de la saponification a été mieux comprise, permettant une production de savon plus raffinée et plus variée. Jusque-là non parfumés, les savons parfumés vont devenir populaires parmi la noblesse. Après 1750, la fabrication de savon à Marseille devient industrielle, entre autres par suite de la découverte de Nicolas Leblanc qui permet de fabriquer de la soude à partir d’eau de mer.
XIXe siècle : La révolution industrielle a permis la production de masse de savons, les rendant accessibles à une plus grande partie de la population. Il faudra attendre les travaux d’Eugène Chevreul pour que de nouveaux progrès se manifestent. Avec la révolution industrielle du 19ème siècle, la production de savon se mécanisa et se diversifia. Des chimistes comme Michel Eugène Chevreul en France découvrirent en 1823 la composition chimique des graisses et des huiles, permettant une production plus scientifique et régulière du savon. De nouvelles méthodes de saponification furent développées, et le savon devint un produit de consommation courante, accessible à toutes les classes sociales. Le procédé Solvay détrône le procédé Leblanc et réalise la synthèse industrielle du carbonate de sodium dès 1865, qui permet d’obtenir de la soude à un prix très concurrentiel. Les procédés de fabrication vont en bénéficier.
L’introduction de la publicité a également joué un rôle clé dans la popularisation du savon.
Au XXe siècle : Le savon devient un produit de consommation courante, apparaît dans les maisons bourgeoises et complète la panoplie des femmes de ménage. Fabrications et procédés industriels ont variés depuis les premières mises au point. La Bretagne contribuera avec les savonneries de Nantes. De nombreuses marques célèbres virent le jour durant cette période. En Angleterre, Lever Brothers (aujourd’hui Unilever) lança le savon Sunlight en 1884. En France, des marques comme Le Chat et Monsavon se firent connaître. Les Etats-Unis virent l’essor de grandes compagnies comme Procter & Gamble, fondée en 1837, qui introduisit le savon Ivory en 1879. Sans rival avant 1907, le savon sert au blanchissage du linge, au dégraissage de draps et des laines. Jules Ronchetti invente en 1906 la poudre de savon à laver, commercialisée sous le nom de marque Persil. La société allemande Henkel lance un produit similaire l’année suivante.
Le procédé de fabrication est assez particulier. Le savon est traditionnellement fabriqué grâce à une méthode de saponification dite à chaud et au chaudron. Les étapes principales du procédé sont :
- Saponification à chaud: La saponification se fait dans un grand chaudron où les ingrédients (principalement des huiles végétales) sont chauffés avec de la soude. Ce processus dure plusieurs jours.
- Lavage à l’eau salée : Après la saponification, le maître savonnier procède au relargage du savon en ajoutant de l’eau salée pour purifier le savon. On laisse reposer le mélange pour permettre la séparation de la glycérine et du savon et des autres composants indésirables.
- Couler et refroidir (melt and pour) : Une fois relargué, le savon est coulé dans des moules pour qu’il refroidisse et durcisse.
- Découpage : Une fois solidifié, le savon est découpé en barres ou en blocs.
- Une opération de pressage permet de finaliser le produit : logo et marque.
Ce procédé garantit un savon pur, naturellement riche en glycérine et reconnu pour ses vertus hydratantes et nettoyantes. La dureté du savon est déterminée par rapport à la composition aux matières grasses qui sont utilisées.

La saponification à froid est un procédé artisanal et traditionnel qui consiste à mélanger les matières grasses avec une solution alcaline, mais sans appliquer de chaleur. La réaction chimique se développe par elle-même en produisant de la chaleur. Ce procédé est généralement long, il dure de quatre à six semaines, période appelée temps de cure. Peut utiliser industriellement, ce procédé à retrouver une certaine vogue avec l’émergence des savonneries artisanales. Ce procédé est moins bien contrôlé que la saponification à chaud.
Aujourd’hui, le savon a évolué pour répondre aux besoins et aux préférences des consommateurs modernes. Il existe une multitude de types de savons : savons liquides, savons en barre, savons sans savon (syndets), etc. Les innovations technologiques ont permis de créer des savons plus doux pour la peau, enrichis en agents hydratants et en ingrédients naturels. Avec la pandémie associée au coronavirus, l’utilisation du savon est redevenue un acte courant, il est produit qui vont avec. L’innovation dans les ingrédients et les processus de fabrication a conduit à une diversité de savons pour différents usages : antibactériens, hydratants, pour peaux sensibles, etc.

Le travail porte sur le savon en général et revient plus spécifiquement sur les centres industriels du savon que sont Marseille et Nantes. Il est composé par une série de contributions concernant différentes origines, comme le savon de Marseille ou le savon nantais ou certains aspects techniques particulier ou plus anecdotiques.
- Histoire générale du savon
- Introduction à la série du savon de Marseille
- Naissance du savon de Provence
- L’âge d’or du savon de Marseille
- La savonnerie française : une filière en difficulté.
- Le savon de Marseille, du déclin à la renaissance.
- Un savon dans chaque port : la savonnerie nantaise
- Les savonneries nantaises.
- La saponification à chaud et froid.
- Le savon de guerre.
- Le savon de toilette parfumé Roger Gallet.
- Le plissé soleil.
- Le savon parisien.
Jean Claude LE JOLIFF
Pour en savoir plus :





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