La Cosmétique solide a le vent en poupe, mais est-elle si nouvelle que ça ? Evidemment non, on pourrait même affirmé sans trop de risque de se tromper que c’est la plus ancienne. Pour montrer a quel point nos anciens étaient doués d’une incroyable créativité, nous nous sommes amusé à la Cosmétothèque à rechercher quelques bijoux de cette cosmétique « nouvelle ».
Pierre d’alun :
Les coupures dues au rasage provoquent des saignements qui peuvent durer quelques minutes. Un usage courant existe depuis très longtemps. Il s’agit d’un un produit hémostatique qui arrête très rapidement le saignement. Intitulé en anglais « styptic stick ou styptic pencil », il s’agit d’une préparation à base pierre minérale d’origine naturelle de formule chimique KAl(S04)2 12(H2O), que l’on appelle l’alun. La pierre d’alun est un sel (sulfate double d’aluminium et de potassium), qui se présente sous forme d’un cristal translucide, blanc (il ressemble à un glaçon), et inodore. On le trouve sous forme de pierre brute, ou de bâton taillé et poli, plus ergonomique. Il est utilisé comme après-rasage ou comme déodorant. A l’origine, la pierre d’alun est 100% naturelle et provient de mines d’alunites (Syrie), ou d’affleurements de surface : la roche est à découvert comme c’est le cas en Egypte, Bohême et Saxe, ou sur les sols volcaniques (région de Naples, Grèce, Guadeloupe). Il est possible de le synthétiser artificiellement, mais il est toutefois conseillé d’utiliser une pierre d’alun naturelle. Il se présente généralement sous la forme d’un morceau, dénommé pierre d’alun. Ou d’un stick que l’on applique directement sur la peau humide, le fameux stick d’alun. De plus, l’alun est antibactérien ce qui complète utilement l’ensemble. L’idée reste toujours la même, disposer d’un produit avec un fort effet astringent pour stopper l’écoulement de sang.
Savon à barbe :
La découverte du savon et de sa capacité à monter en mousse quand il est mélangé à l’eau est une étape importante dans l’histoire des produits de rasage. Travaillée à l’aide d’un blaireau, la brosse monte la mousse, que le savon rend épaisse et durable. L’effet obtenu est double.
• L’action lipophile et tensioactive du savon permet de débarrasser le poil du sébum qui l’entoure et le rend perméable à l’eau, ce qui améliore son hydrophilie. Le poil est mieux hydraté.
• L’eau peut pénétrer le poil et le ramollir pour faciliter sa coupe.
Le poil doit être maintenu au contact de la mousse pendant quelques minutes pour que le rasage soit réellement facilité. Par ailleurs,
la mousse de savon offre une relative lubrification à la lame.
Le savon à barbe a été décliné sous différentes formes à partir de ce concept de formulation. Les différences portaient essentiellement sur la quantité de savon présente dans la préparation, qui intervient directement dans l’aide au rasage. Dit autrement, les savons sont plus efficaces dans l’aide au rasage qu’une mousse à raser. Mais, quoiqu’il en soit, le niveau de performance de ces différents produits est satisfaisant et permet un rasage facile. Le tableau ci-dessous permet de comparer les différences de formulation entre ces différents produits.
| Ingrédients | Savon | Crème | Mousse |
| Acide laurique | 18 | 10 | 1 |
| Acide palmito-stéarique | 65 | 30 | 5,7 |
| Glycérine | 5 | 10 | 1,9 |
| TEA | – | – | 2,85 |
| KOH | 4,3 | 2,4 | – |
| NaOH | 1,7 | 0,6 | – |
| Eau | 6 | 4,7 | 83,6 |
| Butane/Propane | – | – | 5 |
Le savon à barbe proprement dit se présente principalement en bloc (sous forme de stick ou parfois dans un bol), ou en pâte (en tube similaire au dentifrice) et, dans des cas plus rares, sous forme de poudre.
Son apparition se fait industriellement à partir de 1830. Il se compose d’une forte concentration de savon. Les savons de soude sont privilégiés pour donner de la consistance au bloc et permettre leur fabrication, soit par coulage et frappe, soit par formation directe des sticks.
Le savon
Le mot savon semble avoir pour étymologie le mot latin sébum, suif, en grec, sapon. Le terme Sapo renvoie à une légende qui veut que les Romains célébrant des holocaustes animaux sur les pentes du Mont Sapo auraient constaté que les cendres de bois des feux qu’ils allumaient se mêlaient à la graisse des animaux sacrifiés, formant une sorte de « savon primitif ». Ce liquide savonneux aurait coulé vers les bords argileux d’un cours d’eau voisin, où les habitants auraient remarqué que le linge pouvait être nettoyé particulièrement facilement et efficacement. Voila pour la légende. Le savon tel qu’on le connait aurait été inventé il y a 4.500 ans par les sumériens sous la forme d’une pâte savonneuse à base de graisses et de carbonate de potassium. Il n’était pas utilisé pour la toilette quotidienne mais comme remède contre les maladies de peau. Les Égyptiens l’utilisaient pour laver le linge. Les Germains et les Gaulois fabriquaient un savon à base de cendres de bois et de suif qu’ils utilisaient pour éclaircir et colorer leurs cheveux. Le savon d’Alep inventé en Syrie il y a environ 3000 ans à base d’huile d’olive et de laurier est le plus ancien savon encore utilisé de nos jours. Il fallut cependant attendre le IIème siècle après J.C. pour que les Romains commencent à utiliser ce produit pour se laver. C’est sous l’influence des Arabes que l’industrie du savon s’étendit sur les côtes méditerranéennes. Le port de Marseille était alors le principal centre de transit du savon et des matières premières et parfums servant à le fabriquer. De nombreuses savonneries s’implantèrent dans la cité phocéenne dès le IXème siècle et se lancèrent dans la fabrication de savons : le fameux Savon de Marseille était né ! Après 1750, la fabrication de savon à Marseille devient industrielle, entre autres suite à la découverte de Nicolas Leblanc qui permet de fabriquer de la soude à partir d’eau de mer. Il faudra attendre les travaux d’Eugène Chevreul pour que de nouveaux progrès se manifestent. En 1823, il décrit la réaction de saponification, montrant que le savon est un sel métallique et non des acides gras comme le voulait la croyance. Le procédé Solvay détrône le procédé Leblanc et réalise la synthèse industrielle du carbonate de sodium dès 1865, qui permet d’obtenir de la soude à un prix très concurrentiel. Les procédés de fabrication vont en bénéficier. Le savon devient un produit de consommation courante, apparaît dans les maisons bourgeoises et complète la panoplie des femmes de ménage. Fabrications et procédés industriels ont varié depuis les premières mises au point. La Bretagne contribuera avec la savonnerie de l’Atlantique à Nantes. Dans les années 1970, l’hydrolyse des graisses par de l’eau sous pression et à haute température, en présence de savon de zinc faisant office de catalyseur, donne en continu acide gras et glycérol, immédiatement séparés par distillation. L’acide gras est neutralisé par la soude et donne le savon. Sans rival avant 1907, il sert au blanchissage du linge, au dégraissage de draps et des laines. Jules Ronchetti invente en 1906 la poudre de savon à laver, commercialisée sous le nom de marque Persil. La société allemande Henkel lance un produit similaire l’année suivante. Les savonnettes, ou savons de toilette, dérivent de ce procédé.
Poudre Pompon
Caron n’est pas une marque moderne, elle est née il y a plus de cent ans, en 1904, au coeur de Paris, rue de la Paix, et grâce au talent d’Ernest Daltroff. C’est dans les années 1930 qu’est née la poudre Caron d’abord décliné selon les fragrances de la maison Caron et présentée dans des petites enveloppes dans laquelle on prélevait la poudre sur papier de soie pour l’appliquer ensuite à même la peau. La marque revendiquait que ce produit était la poudre la plus fine du monde, mais un peu comme toutes les marques le revendiquaient à l’époque où l’on venait de découvrir le broyage pneumatique.
Rouge à lèvre Guerlain
Le maquillage des lèvres à été pendant longtemps réservé à des classes d’utilisatrice pas toujours très élégantes. Utilisant des produits très divers, le maquillage des lèvres était obtenu par l’utilisation de colorants mais aussi de pigments. Les produits étaient soient obtenus directement comme le jus de raisin ou des décoctions de fleurs : coquelicot, orcanette etc. Soit par l’utilisation de matières colorantes diverses. Les lèvres écarlates, tiraient principalement leur éclat du cinabre, du minium et des oxydes de fer (rouille), ou moins conni comme l’orpiment ou le realgar. Pendant longtemps, l’expression « lèvres peintes » fut rigoureusement exacte, puisque ces pigments étaient aussi utilisés par les artistes pour réaliser fresques et tableaux. Les formes galéniques étaient tout aussi diverses, eau, huile, mélange de corps gras comme la cire d’abeille ou le beurre de raisin. Le rouge à lèvres que nous connaissons va naître autour de 1870. On doit le premier rouge à lèvres moderne à Guerlain en 1870 qui profitant du fait que l’une des sociétés affiliées à leur société fabrique des bougies et possède donc les techniques du coulage, va proposer un baton de cires coloré pour le maquillage des lèvres. Le produit s’appelle Ne m’oubliez pas. C’était un rouge à lèvres en bâton de cire présenté dans un étui rechargeable avec une poussette. Par la suite, l’américain Maurice Levy va inventé en 1915 le premier rouge à lèvre coulissant placé à l’intérieur d’un tube métallique, puis en 1923 Jame Bruce Mason invente l’étui pivotant. Le Rouge à lèvres moderne était né. Depuis cette forme domine le marché de façon un peu insolente; malgré les nombreuses tentatives d’innovation, slim, crayons, encre, forme liquide etc. De nombreuses tentatives de formulation de produit contenant de l’eau, comme le leader mondial de la margarine, la salive étant le principe hydratant des lèvres, échoueront dans leur démarche.
Les huiles
Les huiles constituent assez probablement l’une des formes galéniques parmi les plus anciennes des produits de beauté, si ce n’est pas la plus ancienne. Les onguents décrits dans les ouvrages de référence les plus anciens correspondent généralement à des huiles, ou des mélanges d’huiles, ou des macérats huileux obtenus par macération de différents végétaux dans des huiles végétales (enfleurage). On trouve de très nombreuses références à ce genre de produit. Ces produits ont toujours été largement utilisés, même si les modes de consommation ont fait que leur usage était moins fréquent a certaines périodes au profit des émulsions ou de produits plus « légers » car plus agréables à l’usage. L’une des utilisations préférentielles est représentée par la famille des huiles corporelles, mais on trouve aussi de nombreux autres usages : huiles démaquillante, huiles cheveux, huiles pour bébé, huiles de massage etc. Parmi les huiles « célèbres », on retiendra de nombreuses préparations sous forme de mélange d’huiles, comme les huiles capillaires que l’on appelait communément brillantines (Forvil 1930 ou Cadoricin 1950 etc.), l’huile d’Alès (1970) ou encore la fameuse « Huile de Palme » de la marque Léonor Greyl. C’est également le cas pour des huiles de protection solaire comme l’Huile de Chaldée (Jean Patou 1927), un des produits précurseurs qui était plus une huile parfumée que protectrice, ou l’Ambre Solaire ( L’Oréal 1935), premier produit de protection solaire digne de ce nom. Les huiles démaquillantes constituent également une des formes de présentation de ces produits, comme l’huile Démaquillante Shu Uemura (60’s), ou encore de nombreux démaquillants pour le contour des yeux. Les huiles pour bébé (Baby Oil) suivaient également cette logique. En général, ces dernières étaient formulés à partir d’huiles conventionnelles comme des huiles végétales (huile d’amande, de tournesol, d’olives etc.) ou d’huiles minérales, comme les huiles de vaseline et paraffine. Si on considère la période des 50 dernières années, on trouve de nombreux produits ayant marqués cette catégorie. C’est ainsi que la marque Clarins a établi une partie de sa notoriété par le développement de produits à base de mélanges d’huiles à la fin des années 60. Elles sont inchangées à ce jour [1]. Il s’agissait d’huiles pour le corps, suivis quelques années après de produits visage. Ces produits étaient formulés à partir d’huiles végétales. Ce sont également des huiles corporelles comme Phytolastyl de Lierac en 1971. Plus près de nous, ce sont les huiles sèches qui tiennent le devant du pavé dont le produit culte est l’Huile Prodigieuse de Nuxe. Une catégorie sans limite.
Les huiles musculaires
Parmi les produits du début du XXème siècle, la plus remarquable des huiles musculaires était un produit proposé par une marque s’intitulant Eleanor Adair. Cette marque proposait son « huile de muscle oriental de Ganesh ».

Eleanor Adair était une jeune femme britannique qui à la suite de son mariage avait séjourné dans le nord de l’Inde, près de l’Himalaya. Au début du XXe siècle, en rentrant en Angleterre, elle créera des salons de beauté qui gagneront rapidement en notoriété. Elle a utilisé son expérience de l’Inde pour affirmer que ses « secrets » provenaient de la vallée du Cachemire et plus précisément d’un « temple de Ganesh », d’où son nom. On pouvait lire que cette préparation particulièrement réussie a été appelée « The Great Beautifier ». Bien qu’elle ait donné son nom à ses salons, Adair n’a pas fait de même pour ses produits et traitements.
Géniale parce que ses qualités et ses bienfaits sont fondamentaux et non superficiels. Lorsque la fatigue, le surmenage ou la négligence font que les muscles qui forment le contour du visage s’affaissent et se contractent, la peau extérieure devient lâche, ridée et tapissée ; des creux et des poches s’ensuivent. Ce n’est qu’en rajeunissant, stimulant et nourrissant ces muscles et tissus fatigués jusqu’à ce qu’ils soient sains, pleins et fermes que la peau externe s’étendra sur eux en douceur et uniformément, permettant à une couleur naturelle et jeune. Ceci peut être accompli de manière satisfaisante et en un temps étonnamment rapide en utilisant l’huile musculaire orientale de Ganesh, qui est si proche des huiles naturelles de la peau que les tissus l’absorbent rapidement et sont renforcées par elle.
Eleanor Adair n’était pas la seule à vanter les avantages de ce type de cosmétique, la plupart des grandes entreprises de salon utilisant des huiles musculaires dans leurs traitements à un moment ou à un autre. Ses contemporaines, Jeannette Scalé (Mme Pomeroy) et Frances Forsythe (Cyclax) ont fait la même chose.
Le fard à joues, fards gras, fards secs et Fard Pastel
Le fard à joues, dénommé « blush » par les anglo-saxons ou encore « the rouge » est un des plus anciens produits de maquillage, voir même de beauté. Son utilisation va se généraliser à partir de la Renaissance. Confectionné de différentes façons, deux d’entre-elles vont petit à petit se démocratiser : le fard gras net le fard sec.
Le fard gras est un mélange de corps gras souvent d’origine animale, suif, panne etc. L’ajout de cires permet éventuellement de le solidifier plus ou moins. Les pigments sont indifféremment minéraux, sels de mercure et autre ou assez souvent végétaux : fleurs broyés comme le coquelicot ou orcanette. Le produit peut être réalisé soit même dans de ravissant petit broyeur à fard. Assez facile à réaliser ce sera le produit dominant pendant de nombreuses années. Mais petit à petit, le produit se démocratisant, le mode de présentation va évoluer vers des petits galettes sèches accompagnés d’un applicateur. Il existait une technique permettant de réaliser des formes solides : le formage humide. Elle consiste à former le produit à l’aide d’une pâte que l’on obtient à partir de la poudre par ajout d’eau. Cette pâte est formée sur une plaquette ou un support plat, ou dans des cuvettes ou petits bols dit également mortier à fards puis séchée pour obtenir le produit final. En termes de composition, il s’agira de mélanges de pulvérulents d’origines diverses, comme dans le cas des poudres libres. Initialement basé sur des techniques à base d’eau (compactage humide), les liants étaient de nature hydrophile : gommes adragante, karaya, arabique, sucre, dextrine etc.). Ils forment un réseau dans le produit lors du séchage assurant ainsi la solidité de l’ensemble. C’est cette ancienne technique qui permet de faire ce que l’on appelle les fards secs. C’est la technique utilisée par plusieurs fabricants à la fin du XIXème siècle comme Bourjois, Piver ou encore Dorin. Le séchage étant quelquefois réalisé à haute température, cette technologie prendra improprement le nom de Fards cuits ou « baked product ». Dans le cas des poudres, cette technique va petit à petit disparaitre au profit de celle du compactage à sec, seuls quelques opérateurs continuant à produire à partir de la techniques, dite humide. Ces modes d’obtention en conduisant à des produits ayant des propriétés sensiblement différente, en particulier en ce qui concerne l’estompe et l’application, les produits obtenus par voie humide vont finir par dominer dans les années 70 à 90 le marché. Ceci va constituer une stimulation suffisante pour que de nombreux opérateurs cherchent à utiliser de nouveau les techniques par voie humides. Le façonnage italien sera parmi les premiers à proposer des produits compétitifs, d’autres technologie permettant de le faire comme la technique dite au plâtre développé par le groupe L’Oréal. De nos jours, les 2 technologies coexistent au sein des marques, voir même des façonniers.
Voila quelques exemples de cette technologie que l’on nous présente comme la dernière évolution de la cosmétique. Il en existe bien d’autres, nous avons choisis celles-ci un peu arbitrairement. On aurait pu aussi développer par exemple des technologies de lyophilisation qui ont vu leur succès pendant un certain temps.
On voit bien que ce n’est pas nouveau, et comme la traçabilité des savoirs-faire n’est pas un exercice dans lequel l’industrie cosmétique excelle, tout ou presque est à réinventer. Car de fait, si les logiques de formulation sont quelquefois assez simples, les technologies d’obtention, et en particuliers de formage sont souvent assez compliquées. Et puis il y a des nouveaux ingrédients qui valent la peine de les tester dans ces conditions, les huiles volatiles par exemple, ou d’autres qui sont remis en cause et qu’il faut remplacer. Donc du pain sur la planche pour notre grand plaisir puisque cela nous conduit à revisiter quelques standards.





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