L’art nous renseigne sur la pratique des sports et des soins du corps pendant l’Antiquité. Dans cette série, la Cosmétothèque vous invite à revisiter différents aspects de ces questions. Dans cette contribution, les soins de la peau des athlètes grecs lors des Jeux Olympiques antiques.
Sur la céramique antique à figures rouges sont illustrées de très nombreuses images d’athlètes se livrant à des activités variées, préparatifs avant le sport, nettoyage après le sport et activités diverses, course, saut…La céramique antique est un type de céramique grecque dans lequel le motif est peint en rouge sur un fond noir qui s’est développée à Athènes et dans sa région à partir de 530 av. J.-C. L’évolution du décor de la céramique a transformé ses vases attiques en véritables livres d’images où les scènes de la réalité deviennent plus fréquentes.
Au VIe siècle avant J.-C., la pratique des exercices physiques se développa dans la Grèce antique ; d’abord dans un but préventif, pour conserver la santé, puis dans un but esthétique, développer la beauté du corps. Des établissements ont été spécialement construits pour cette pratique, des palestres et des gymnases, équipés de salles d’onctions/frictions/massages. Ces entraînements ont rapidement évolué vers la pratique de certains sports et le désir de compétition, représentés par les jeux qui deviendront « olympiques ».
Grâce à l’étude de ces céramiques, les soins de la peau des athlètes grecs dans la Grèce Antique ont pu être reconstitués : HUILE D’OLIVE – GLOIOS – PAQUETAGE DE L’ATHLETE (STRIGILE – ARYBALLE- EPONGE) – ONCTION, FRICTION & EMBROCATION .
1- LA PREPARATION DE LA PEAU DES ATHLETES GRECS
LA PALESTRE & LE GYMNASIUM
La palestre était le lieu privé où les adolescents entre 12 et 16 ans pratiquaient la lutte, la gymnastique et d’autres exercices physiques (sauts, lancer du javelot et du disque). Le gymnasium, littéralement « lieu où l’on s’entraine nu » était le lieu de vie et de formation des jeunes hommes avant et après leur éphébie (temps d’instruction civique et militaire d’une durée de deux ans destiné aux jeunes gens de dix-huit à vingt ans, à Athènes).

DE L’ONCTION A L’HUILE D’OLIVE AU GLOIOS
Avant les exercices, les athlètes (ou l’esclave dédié à leur service) se frictionnaient d’huile d’olive ; l’image du bel athlète luttant nu et complètement huilé n’était pas surfaite et bien réelle dans les gymnases grecs ! Cette pratique n’avait pas qu’un but esthétique mais représentait une véritable préparation de la peau et des muscles des athlètes avant l’effort et l’exercice.
Tout d’abord, par échauffement et assouplissement des muscles lors de cette friction à l’huile d’olive, cela permettait de contribuer à limiter les accidents musculaires mais également cette couche huile telle une seconde peau permettait de se protéger la peau en partie contre le froid et surtout contre le soleil car le sport se déroulait en plein air.
Mais ce n’était pas qu’une simple couche d’huile d’olive… car en plus de s’enduire le corps, on le recouvrait parfois même de sable avant de combattre en plein air afin compliquer les prises mais surtout se protéger davantage des ardeurs du soleil méditerranéen. De même, dans les exercices de lutte, le corps était malgré tout protégé contre les coups.
Au final, après l’effort, l’huile d’olive appliquée sur le corps se transformait en gloios ou mélange « organique, végétal et minéral » résultant de l’huile d’olive mélangée à la sueur, au sébum, à la silice et à la poussière du sol.
2- SOIN DE LA PEAU DES ATHLETES GRECS APRES LE SPORT
LE PAQUETAGE DE L’ATHLETE
On nomme ainsi le trio formé par des objets indispensables au nettoyage des corps, le strigile pour racler la pellicule de terre, huile et sueur, l’éponge et le petit vase pour l’huile, rond, l’aryballe.

Le strigile
Le strigile est une sorte de racloir recourbé appelé strigile pour débarrasser la peau du gloios. Ce raclage strigilaire a en plus l’avantage de faire office de gommage mécanique.

Qui eut imaginé que ces raclures d’huiles, de sueur et de poussière pouvaient être réenduites sur une autre peau ? Le gloios était vendu aux pauvres pour s’en enduire selon Pline Livre 28, par. 50.« Les râclures d’huiles, de sueur et de poussière que les athlètes enlevaient de leur corps après s’être exercés à la palestre, étaient réputées pour avoir des vertus médicinales. En grec on l’appelait gloios selon la loi gymnasiarchique de Béroia, le gardien du gymnase, un esclave entretenait les lieux et recevait en échange le gloios. Ces râclures d’huiles étaient revendues avec profit par les directeurs du gymnase. Le gloios était vendu aux pauvres pour s’en enduire ou bien on en faisait des remèdes utilisés en gynécologie et en rhumatologie.
L’aryballe

L’utilisation de l’huile ne s’arrêtait pas là, car, avant de quitter l’endroit, les athlètes devaient encore apaiser leurs muscles endoloris par l’effort. C’est pourquoi ils l’utilisaient aussi comme huile de friction et de massage.
Les athlètes transportaient leur huile dans des petits récipients dédiés à cet usage que sont les aryballes, petits pots de terre cuite, sphériques ou pyriformes (en forme de poire), que l’on porte à la ceinture, grâce à une cordelette qui passe dans l’anse du récipient.
L’EMBROCATION APRÈS LE BAIN
L’embrocation est une préparation huileuse, souvent légèrement révulsive, destinée à calmer les douleurs et à détendre les muscles. A base d’huile d’olive, elle avait lieu après le bain et achevait l’exercice, tout en reposant les muscles en éliminant toute fatigue. Cette friction réchauffait le corps, mais également assouplissait la peau et évitait l’assèchement provoqué par l’eau calcaire.
La peau illustre parfaitement la conception qu’avait le monde grec antique de la globalité. Toute souillure cutanée était censée provoquer une souillure de l’âme et le nettoyage de l’enveloppe cutanée permettait d’effacer la souillure morale.
Les Grecs ne concevaient pas la beauté et la santé du corps ni celle de la peau sans la beauté de l’âme, et réciproquement. Le corps de l’athlète grec est un corps évidemment masculin (pas de femme athlète à cette époque), un corps nu, huilé, bronzé, plutôt jeune et esthétiquement parfait ; c’est la beauté athlétique dans la Grèce antique.
Nous devons cette contribution à Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque : merci à elle.
Pour en savoir plus : Biblio JO.





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