Lors d’une récente visite au MAD, j’ai redécouvert les usages surprenants d’un ingrédient particulier : la graisse d’ours. Revenons un peu en arrière.
La graisse d’ours était un traitement populaire pour les hommes souffrant de perte de cheveux, et ce, au moins du Moyen Âge jusqu’à la Première Guerre mondiale. On trouve même des mentions de cette préparation dans l’un des premier formulaire de cosmétiques, Cleopatrae gynœciarum libri. Sous Auguste, il y avait dans la ville rivale de Carthage de nombreux marchands de parfums; la graisse d’ours, la graisse de crocodile, les huiles végétales, les produits minéraux, les baumes et les aromates les plus divers figuraient dans les cosmétiques et les onguents que l’on destinait aux soins hygiéniques ou bien à diverses affections telles que la calvitie, les prurits, les érythèmes et les éphélides. Hildegarde von Bingen mentionne un traitement contre la chute des cheveux utilisant de la graisse d’ours dans son ouvrage « Causae et curae, sive Liber compositae medicinae« . Elle recommandait de frotter le crâne, en particulier les zones où les cheveux commencent à tomber, avec un mélange de graisse d’ours et de cendre de paille de blé ou de seigle.
Des siècles plus tard, en 1653, le botaniste et herboriste anglais Nicholas Culpeper écrivait dans « The Physician’s Library » que « la graisse d’ours arrête la chute des cheveux » (« Bears Grease staies the falling off of the hair »).
Le mythe de l’efficacité de la graisse d’ours reposait sur la croyance que, les ours étant très poilus, leur graisse aiderait à la pousse des cheveux.
Les résultats faisaient apparemment l’objet de discussions comme nous le raconte cet extrait concernant la pommade d’ours, ou encore cette gravure relatant les relations difficiles du coiffeur avec son ours. Un autre proposait de voir son ours si vous veniez vous faire coiffer chez lui !!!

Un certain nombre de marques de cosmétiques vendaient de la graisse d’ours, comme la pommade à la graisse d’ours de la société Atkinsons à Londres, même si elle n’étais pas la seule.
Une autre croyance, moins répandue, faisait référence à la force de cet animal, longtemps considéré comme le roi des animaux. On retrouve également de multiples utilisations comme par exemple dans des savons sur gras, des produits d’entretien pour les peaux : cuir en particulier.
Une récente exposition au MAD consacrée au mythe de cet animal revenait brièvement sur des produits à base de graisse d’ours avec cette affiche de 1839.


De nos jours, quelques produits cosmétiques se recommandent encore de l’utilisation de cet ingrédient, bien qu’il soit fort probable qu’ils n’en contiennent plus vraiment ! En effet les différentes lois et réglementations protégeant les espèces animales concernées ne permettent pas d’obtenir l’ingrédient autrement que de façon confidentielle. Mais ce n’est pas une pratique si récente que cela, car déjà au XVIIIe siècle, certaines spécialités étaient obtenus avec de la graisse d’ours reconstituée. Catherine Lanoé nous donne quelques indications sur la recette : elle se prépare en mêlant la graisse du plantigrade , le « blanc de Sibérie » précise l’inventeur – à de l’huile de coco ou à diverses autres substances : graisse de chapon crue, moelle de bœuf, huile de noisette, jus d’oignon, eau-de-vie !


Merci de votre attention.
Jean Claude LE JOLIFF









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