Dans un article récemment publié par un magazine féminin, on nous vante les mérites de la graisse de bœuf décrite comme étant l’ingrédient de base du « beef tallow slugging« . Dans cet article, cet ingrédient est réputé comme ayant des propriétés hydratantes. Cette technique consiste à appliquer une fine couche de graisse sur la peau connue sous le nom de « sweat tallow slugging ». Déjà connu avec la vaseline, cette technique serait originaire de la Corée-du-Sud.
Retour sur cet ingrédient
L’utilisation de la graisse de bœuf n’est pas nouvelle. Elle est même très ancienne, son utilisation remontant aux prémices des produits de beauté. Son appellation courante est suif. En effet, il s’agit de l’une des sources de matières grasses les plus couramment utilisées, non seulement pour préparer des produits cosmétiques, mais aussi dans toute une série d’applications, à commencer par l’alimentation humaine. Utilisée pendant très longtemps de façon empirique dans des pommades ou des préparations anhydres (sans eau), elle traversera les temps grâce aux travaux de Chevreul au début du XIXe siècle qui ont permis d’avoir une connaissance détaillée de sa composition et de ce fait de nouvelles utilisations qui ont prolongées son usage. Longtemps utilisée comme ingrédient de base, son utilisation devait se faire à partir de qualités parfaitement raffinées pour éliminer les impuretés et l’odeur désagréable de l’ingrédient.
Cet ingrédient à une très longue histoire car c’est une des sources essentielles en acides gras. Au-delà des nombreuses utilisations, en particulier dans les savons, ces acides gras sont l’une des bases prépondérantes de la lipochimie, c’est-à-dire de la chimie industrielle des corps gras. L’extraction des acides gras le composant a conduit à de très nombreuses utilisations, de plus en plus souvent en plus de son usage dans la savonnerie, sous la forme de multiples dérivés comme des esters émollients, des tensioactifs, des gélifiants, etc. C’est-à-dire presque toute la palette des produits cosmétiques, y compris les savons où son utilisation reste conséquente.
On trouvera en suivant ce lien d’autres informations sur sa nature et son utilisation.
Toutefois, son utilisation a connu un très fort ralentissement à la suite de la crise de la vache folle.
Bien que les traitements de raffinage et/ou de dérivation aient comme conséquence la disparition de tout contaminant, l’utilisation des dérivés de suif a été très vite très controversée. Dans de nombreuses applications, les acides gras d’origine animale ont été remplacés par des substances analogues d’origine végétale.
Il est donc très curieux de voir que l’utilisation de cet ingrédient est de nouveau plébiscitée. Il n’est pas anormal que des produits originaires de régions dans lesquelles la maladie de la vache folle n’a pas été aussi intense qu’en Europe soient encore utilisés. Il n’en reste pas moins que leur utilisation peut poser question. Ces ingrédients ne sont pas irremplaçables et l’influence de ces modes de consommation reste incompatible avec la notion de progrès.
Jean Claude LE JOLIFF




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