Le squalane dit végétal est régulièrement présenté comme une avancée majeure. Quelle est en fait l’origine de cet ingrédient?
François Laserson nous raconte l’histoire du squalane. François a une longue expérience du marché du squalane ayant de longue date commercialisé des spécialités autour de cet ingrédient. Mais aussi parce qu’il est le fils de René Laserson. René Laserson avait créé précédemment une société de négoce d’ingrédients pour la cosmétique et la parfumerie. Il va en 1951 s’associer avec Sébastien Sabetay pour développer une société s’intitulant Laserson & Sabetay. Cette société va commercialiser pendant de nombreuses années une spécialité s’intitulant Cosbiol®, qui était du Perhydrosqualène, en fait du squalane que Sébastien Sabetay avait mis au point. On ne pouvait trouver mieux !!!
Certains ingrédients ont une notoriété plus importante que d’autres. Ce sont en quelque sorte des « ingrédients cultes ». La raison de leur succès est quelquefois compliqué et difficile à définir. Le squalane fait partie de cette catégorie. Son succès n’est quand à lui pas inexpliqué. Il réside dans ses propriétés qui sont toujours actuelles et qui étaient déjà tout à fait remarquables à l’époque. Il possède la particularité de connaître actuellement une renaissance certaine après une période de confidentialité qui faisait suite à une notoriété bien méritée.
Tout commence dans le nord de l’Europe. Les vikings faisaient une consommation forte et caractéristique d’huile de foies de poissons, de morues en particulier. À l’époque, ils utilisaient cette huile de poisson à la fois comme produit alimentaire et comme médicament. Autrement dit, ce produit faisait partie intégrante du régime nordique. L’huile de foie de morue est un dérivé du foie de la morue (poisson). De leur coté, les japonais faisaient également de longue date une consommation conséquente de ces huiles de foies de poissons. Les progrès et la curiosité scientifique ont nécessairement conduit les spécialistes à s’intéresser à la question de savoir de quoi sont composées ces huiles. Au début du XXème siècle, un chimiste japonais, Mitsumaru Tsujimoto, va caractériser le constituant principal de ces huiles. C’est un hydrocarbure insaturé de type alcène. Il lui donnera le nom de squalène par référence a son origine. Sa structure sera confirmé en 1916 toujours par le même chimiste. Cet hydrocarbure linéaire insaturé est un tripterpène C30 H50. On le trouve de façon presque ubiquitaire dans les organismes vivants, tant chez les végétaux que dans le règne animal, où il a différentes fonctions, mais souvent associé aux membranes cellulaires. En particulier, il se trouve en quantité abondantes dans le foie chez les squales car il est capable de fixer une quantité important d’oxygène, ceci correspondant à un besoin physiologique chez ces animaux. C’est de là que partira cette histoire.
Le squalène est très peu utilisé en cosmétique compte-tenu de ses propriétés : forte insaturation, forte odeur, facilement oxydable. C’est son dérivé hydrogéné qui le sera. Pour rappel, l’hydrogénation d’un composé présentant des doubles liaisons conduit à la saturation de ces structures. Donc l’alcène qu’est le squalène conduira par hydrogénation à l’alcane correspondant qui sera baptisé squalane. Les huiles hydrogénées sont généralement appelées les huiles durcies car ce traitement augmente le point de fusion. Ce traitement d’hydrogénation sera appliqué très rapidement, des ouvrages de 1930 le mentionnent déjà. C’est cette voie que Sébastien Sabetay suivra en mettant au point Le Cosbiol®. L’ingrédient va connaitre un grand intérêt, largement utilisé par de nombreuses marques, comme Barbara Gould, mais également dans de nombreux pays.

Avec le temps de plusieurs décennies, son intérêt va progressivement s’atténuer sous l’influence de différents facteurs : approvisionnement difficile, variations des cours, mais surtout par la mise à l’indexe des produits d’origine animal. Après quelques temps, si l’intérêt pour le squalane reste fort, il sera substitué au profit d’autres produits qui ne diffèrent que par leur origine. Au bout du compte ce sont au minimum des cousins germains pour ne pas dire leur clone!
Des polémiques se sont installées autour de l’utilisation du squalane de poisson. Le principal reproche en serait que les requins ont été et continuent d’être péchés pour leur huile. Ceci n’est pas exact, il y a malheureusement d’autres utilisations de ces poissons qui sont à l’origine d cette pêche. Je m’en étais ouvert dans un billet d’humeur, Ce n’est ni juste ni équitable, publié sur le site de l’Observatoire des Cosmétiques en 2015. Quoiqu’il en soit, les propriétés du squalane restent les mêmes en fonction des différentes origines. C’est avant tout un hydrocarbure dont les propriétés sont d’être un remarquable émollient avec de bonnes propriétés solvantes, particulièrement stable à l’oxydation. Son utilisation est ubiquitaire, de nombreuses classes de produits peuvent l’incorporer.
Outre cela, d’autres «cousins» vont émerger. Certains proviennent de sources végétales comme l’huile d’olive. Le soja ou le tournesol sont également des candidats potentiels. D’autres proviennent de la canne à sucre, mais d’un processus différent impliquant la fermentation. Enfin, certains sont presque entièrement issus de la chimie de synthèse, les polyisobutènes hydrogénés (INCI: polyisobutène hydrogéné ou polydécène hydrogéné). Leur nom, assez neutre et difficile à comprendre, y compris par des « experts », permettra de traverser quelques batailles aussi mémorables qu’inutiles autour de ces ingrédients. Pour les autres, il est pratiquement impossible de savoir quelle est leur origine en lisant simplement leur nom INCI.
Mais il est très approximatif de qualifier ces produits de «végétal», la chimie occupant dans tous les cas un rôle central. Par ailleurs, cette affaire illustre un fait assez fréquent qui est la qualité du soi-disant produit naturel ou végétal n’est pas supérieur et que les prix sont souvent significativement plus élevés. Enfin, si le squalane d’olive peut être qualifié de produit valorisation, il en était de même du squalane de poisson car la démarche était bien de valoriser les déchets de la pêche industrielle et pas de détruire la faune marine.
Tout cela vous est dit dans cette note. Retour sur cette histoire fascinante du squalane : Squalane par F.Laserson
Merci chaleureusement à François.
Jean Claude LE JOLIFF
Pour en savoir plus :
Sur le squalane de requin Shark Squalane-bloom report
Sur le squalane d’olive ECOSQA_Article PCE_Apr17
Sur le squalane neossance SQUALANE by Laserson
Sur le squalane de sucre : Sugarcane Squalane-Amyris





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