L’art nous renseigne sur les rituels de beauté et les soins de la peau de l’Antiquité à la Renaissance. Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque vous invite à décoder certains de ces aspects. Aujourd’hui : Le teint blanc du 16ème au 19ème siècle.

L’ART NOUS RENSEIGNE sur LA MODE DU TEINT BLANC DU 16 au 18ème SIÈCLE
Du 16ème siècle jusqu’à la fin du 18ème siècle, la quête de la blancheur s’impose en France, mais aussi dans l’ensemble des cours royales, comme le fondement même de la beauté, expression d’un système social et culturel dominant. Par leur blancheur, les aristocrates entendent se distinguer des classes sociales inférieures, vouées à offrir leur visage au soleil et aux intempéries. Les symboles du christianisme participent aussi à la construction de cette quête de blancheur du teint car le blanc n’est pas seulement une couleur, mais il s ‘affirme aussi comme une valeur ; l’albâtre du visage est regardé comme le signe de la pureté, de la netteté de l ‘âme. Afin d’avoir le teint blanc, on appliquait à cette époque du blanc de céruse sur son visage.
;
I- LE BLANC DE CERUSE
Le blanc de céruse qui existait déjà depuis l’antiquité, se fait présent à la Cour de France, du temps de Catherine de Médicis, puis se démocratise en se répandant dans la bourgeoisie parisienne au 18ème siècle.
La céruse d’origine naturelle est un minéral appelé hydrocérusite qui se présente sous forme d’un pigment blanc opaque. Chimiquement parlant, c’est un carbonate de plomb. La céruse se vend préparée sous forme de pain pyramidal chez les apothicaires et chez les épiciers et il ne reste plus qu’à l’utilisatrice de la broyer pour en faire usage. Le choix de cet ingrédient correspond à son aptitude à produire l’effet recherché, à savoir un effet blanc, mais avec une opacité modérée de façon à garder à la peau un certain caractère naturel.


II- PREPARATION DU BLANC DE CERUSE ET APPLICATION SUR LA PEAU
Lorsqu’une dame à sa toilette veut se servir du blanc, il faut qu’elle prépare une pommade a laquelle elle doit incorporer son blanc : « Prenez ces petits pains de blanc, mettez-les dans un petit pot de faïence, écrasez-les avec la petite cuillère et ensuite mettez de la pommade que vous remuez jusqu’à que le blanc et la pommade soient bien incorporés ensemble. Ensuite, servez-vous en en vous-en frottant partout le visage et vous essuyant avec du papier brouillard. Il est essentiel de ne préparer du blanc prêt à mettre sur le visage qu’autant qu’il en faut pour une fois ; le lendemain, il n’aura pas le même éclat. »
On appliquait cette préparation blanche sur le visage en « couches épaisses », dans le but de camoufler les taches brunes et les taches de rousseurs et cela permettait également de combler les crevasses, de lisser les rides du fait de son effet corrosif.
Selon les excipients utilisés, le fard blanc se présentait sous la forme d’un enduit plus ou moins épais, sec et couvrant, l’objectif étant d’assurer la meilleure tenue sur le visage. Ainsi, l’application du blanc de céruse s’apparentait plutôt à un badigeonnage reluisant dans le cas du mélange avec un corps gras simple ou composé tels que l’huile, le blanc de baleine, d’une couche de peinture s’il était dilué dans une eau de fleur de lys ou de rose rendue plus consistante et collante grâce à l’ajout d’une gomme ou encore, la préparation avait l’aspect du plâtre avec une allure pulvérulente au fini plus léger mais aussi plus éphémère. Le soir, le blanc de céruse était enlevé avec un linge blanc imbibé d’eaux florales au 18ème siècle.


III- LES AUTRES MATIÈRES PREMIÈRES ASSOCIÉES
Au 16 et 17ème siècle, le blanc de céruse était également associé à des produits minéraux ou métalliques, comme l’alun, le camphre, le souffre, le sel de tartre ou encore le mercure appelé « vif-argent ». Celui-ci se présente sous 2 formes selon son procédé d’obtention : par sublimation (sublimé-corrosif) et par précipitation (sublimé doux ou calomel). Dès le 17ème siècle, le bismuth, encore appelé « étain de glace », tend à le remplacer dans ce rôle d’additif.
IV- LA TOXICITÉ
Depuis l’Antiquité est jusqu’au milieu du 18ème siècle, le blanc de céruse est reconnu pour être efficace dans le traitement de certaines pathologies cutanées, capable grâce à sa causticité, de ronger et d’éroder les excroissances et les imperfections de la peau, « d’en faire disparaître les taches, de polir et de nettoyer et de blanchir la face ».
En somme, l’application du blanc de céruse permet bel et bien une double action blanchissante, à la fois passive et active. La médecine dénonce les effets néfastes et J. Savary des Brûlons explique, en 1748 : «Ce poison est dangereux quand il opère au-dedans et il fait même sentir au-dehors sa malignité puisqu’il gâte la vue et les dents et fait venir des rides plus tôt qu’on en aurait.» La création de la Société Royale de Médecine en 1776, reconsidérant la position des produits de beauté considérés comme des remèdes secrets, va oeuvrer à ce que cet ingrédient soit moins utilisé.
Au 19ème siècle, on abandonne le blanc de céruse, dont on a découvert la toxicité et on se rabat sur le talc de Venise, la craie de Briançon ou la poudre d’amidon qui permet de blanchir le teint. A la fin du 19ème siècle, la poudre qui, jusque-là, était un moyen de blanchir le teint, devint un moyen de le matifier et on se rabat sur la poudre de riz.

CONCLUSION
La blancheur de la peau apparaît comme un capital à préserver (ombrelle) et à renforcer avec du blanc de céruse, certains spécialistes de la beauté vont jusqu’à recommander d’exposer la table de toilette au nord, de peur qu’un rayon de soleil opportun ne viennent déshonorer un beau visage ! Cependant, à la fin du 18ème siècle, il y a une prise de conscience des effets néfastes du blanc de céruse, la Société Royale de Médecine encourageant la mode d’un teint plus naturel. Au cours du 19ème siècle, la poudre de riz remplacera l’amidon et le talc.
REFERENCES
Catherine Lanoë, La poudre et la fard, Champ Vallon, 2008.
Maurice-Quentin de La Tour, Portrait en pied de la marquise de Pompadour (détail), 1752-1755
James Tissot, Young Lady in A Boat, 1870
Nicolas Lancret, La toilette de madame Geoffrin, Huile sur toile 1877





Laisser un commentaire