L’art nous renseigne sur les rituels de beauté et les soins de la peau de l’Antiquité à la Renaissance. Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque vous invite à décoder certains de ces aspects. Aujourd’hui : Le fard rouge à l’époque moderne.
L’ART NOUS RENSEIGNE sur L’UTILISATION DU FARD ROUGE

Les premières utilisations du rouge tiennent au désir de souligner la blancheur du teint avec bien souvent une brutalité du contraste rouge/blanc. S’il existe aujourd’hui des rouges pour les joues et des rouges pour la bouche, une telle nuance n ‘apparait pas de manière aussi nette au début de l’époque moderne. Bien souvent les créateurs des fards rouges ne précisaient pas la destination de leurs produits et se contentaient de l’expression « pour le visage ».
I- COMPOSITION DU FARD ROUGE
Du XVI au XVIIIème siècle, les pigments qui permettent de fabriquer le rouge appartient aux trois règnes de la nature : végétal, minéral et animal. Les matières colorantes végétales entrant dans la fabrication des rouges sont l’orcanette, le bois du Brésil, le bois de Santal, le ponceau ou le coquelicot. Au XVIIIème siècle, on utilise le cinabre, pigment de teinte rouge vermillon obtenu par broyage et lavage du sulfure de mercure. On trouve également un pigment rouge à l’état naturel en écrasant les graines femelles de la cochenille, un petit insecte.
Pour les utilisatrices, le rouge se présente sous forme de ruban (ruban ponceau), de tasse ou pot de rouge puis, au tournant des années 1750, c’est l ‘apparition de boîte à rouge. C’est avec les doigts puis un pinceau que l’on s’applique le rouge sur les joues et les lèvres.

II- LE ROUGE AUX JOUES
Sous Louis XV (1715 -1774), les joues sont largement fardées de rouge. Utilisé pour rehausser les pommettes, il est posé très haut près de la paupière pour aviver l’éclat des yeux. Au-delà de l’aspect esthétique, la teinte choisie est alors révélatrice du statut social de celle qui la porte. On trouve une dizaine de rouge différents ayant chacun un usage particulier : celui pour les spectacles, pour les promenades en ville, celui pour la nuit… Les courtisanes choisissent des rouges voyants, les bourgeoises des rouges plus clairs.

Dans les année 1760, la médecine déclare le fard rouge nocif pour la peau et la vue, car certaines préparations contiennent du cinabre (sulfure de mercure). Mais, peu de ces dames se préoccupent de cet effet néfaste et suivent les directives du Livre de la mode de 1759 recommandant aux élégantes de « prendre soin de peindre comme des roues de carosse et d’imiter sur leurs joues la rougeolle ».
Les dents étant abîmées par l’abus de sucreries, le rouge à joues avait également pour fonction de détourner le regard de ces bouches édentées car à cette époque les lèvres ne sont pas toujours maquillées.
III- LE ROUGE A LEVRES
Le rouge à lèvres est au second plan. Dans le livre de la mode de 1759, on peut lire « on se barbouille avec le pinceau et l’on refend le rouge comme la crête d’un coq ». Il faudra attendre le début du XXème siècle pour disposer de bâton de rouge à lèvres.

Pour plus d’information, voir l’ouvrage « La Folle Histoire du Rouge à lèvres »
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CONCLUSION
La reine Marie-Antoinette, élevée à la cour d’Autriche beaucoup moins conventionnelle que celle de Versailles, aurait été choquée par ce maquillage rouge outrancier. Sous son influence, on va tendre peu à peu vers un maquillage beaucoup plus discret à tel point que plus tard, Napoléon (1769 -1821) aurait enjoint à Joséphine de mettre du rouge, lui affirmant qu’elle a « l’air d’un cadavre ».
REFERENCES
Catherine Lanoë, La poudre et le fard, Champ Vallon, 2008.
Frantisek Kupka, Le rouge à lèvres n°2, 1908
L’art de la coiffure des dames françaises. Legros coiffeur, 1767
François Boucher, Portrait de Madame de Pompadour (1756) Alte Pinakothek, Munich, Allemagne.





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