L’art nous renseigne sur les rituels de beauté et les soins de la peau de l’Antiquité à la Renaissance. Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque vous invite à décoder certains de ces aspects. Aujourd’hui, l’usage puis la mode des mouches.

L’ART NOUS RENSEIGNE sur LA MODE DES MOUCHES
En France, apparaît la mode de la mouche, petit morceau de tissu collé sur la peau du visage, du cou ou du décolleté, de forme variable. Si au XVIIème siècle, les mouches servaient à dissimuler une imperfection, au XVIIIème siècle, la mouche permettait de faire ressortir la blancheur de la peau et devint un atout de séduction. En fonction de sa position, la mouche renommée « taches avantageuses » prend une signification particulière : majestueuse sur le front, passionnée près de l’œil ou encore galante sur la joue.
I- REALISATION D’UNE MOUCHE

Il s’agit d’un petit morceau de toile noire gommée (taffetas, mousseline, soie ou velours) de couleur noire qui était collé sur le visage, et qui imitait un grain de beauté. Les mouches sont différentes de taille ou de forme ; en rond, en comète, en croissant, en étoile, en navette. Sous le règne de Louis XV (1715-1774), la mouche devient plus petite et plus subtile : les femmes se font tailler leurs mouches représentant les étoiles ou la lune.
Leurs dimensions varient selon l’effet recherché. Les longues mouches doivent se mettre au bal, appelées « mouches de bal » ou « mouches de cour », car étant de grande taille, elles se voient de loin et font meilleur effet à l’éclairage des chandelles. Les petites et « coquettes à merveille » se portent le jour pour les fêtes et collations.
On conservait les mouches dans de petites boites spécialement conçues à cet effet : les boites à mouches.

II- LES MOUCHES POUR CAMOUFLER LES IMPERFECTIONS CUTANEES
Utilisées au départ au XVIIème siècle au moment où la variole sévit pour cacher les ravages de cette maladie très contagieuse d’origine virale (poxvirus) qui se caractérise par un mouchetage de pustules laissant des cicatrices. Également, la mouche servait à masquer les boutons et autres imperfections cutanées. Aussi, les dames pouvaient porter jusqu’à 6 mouches sur le visage en même temps ! Sous Louis XVI (1754-1793), on utilise moins de mouches en raison d’un meilleur entretien de la peau avec des eaux florales de roses et de fleurs d’oranger.

III- LES MOUCHES OU L’ART DE LA SÉDUCTION

Au XVIIIème siècle, c’est l’art de bien disposer les moches qui les fait valoir. Selon les lois de la galanterie, les mouches « invitent » en donnant une expression particulière au visage, d’où leurs différentes appellations. Placée près de l’œil, c’est la « passionnée », au coin de la bouche, la « friponne», sur la lèvre, la « coquette », sur le nez, « l’effrontée », sur le front, la « majestueuse », au milieu de la joue, la « galante » ; celle posée au creux du sourire lorsque l’on rit s’appelle « l’enjouée », il y a encore la « discrète » sur le menton, la « généreuse» sur la poitrine. Ainsi, les mouches portent des noms qui avaient chacun leur signification, leur langage, en fonction de leur emplacement.

CONCLUSION
Cache-misère à l’époque de la variole puis véritable touche finale du maquillage qui servait à souligner la blancheur du teint et à attirer l’œil de l’homme sur l’aspect séduisant de la personne qui les porte, le port de mouches était typique du XVII au XVIIIème siècle en France. Ainsi, ce qui au départ devait être une imitation d’un grain de beauté, est finalement devenu un véritable objet d’art, nécessitant une réelle maîtrise pour le disposer correctement. Et actuellement, elles redeviennent à la mode !
REFERENCES
Édouard Fournier, « La Faiseuse de mouches », Variétés historiques et littéraires, recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers, tome VII, 1661.
Nicolas de Blégny, Livre commode des adresses de Paris, II, 1691.
Edmond et Jules de Goncourt, La femme au XVIIIe siècle », Flammarion, 2021.
La mouche ou une dame à la toilette François Boucher, 1738
François Boucher, La toilette (détail), 1742
François Boucher, La mouche, env 1738
Catherine Lanoë, La poudre et le fard, Champ Vallon, 2008.





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