L’art nous renseigne sur les rituels de beauté et les soins de la peau de l’Antiquité à la Renaissance. Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque vous invite à décoder certains de ces aspects. Aujourd’hui : Le bain au moyen âge
L’ART NOUS RENSEIGNE sur LA PRATIQUE DES BAINS AU MOYEN-AGE

Le Moyen-âge, en dépit de sa mauvaise réputation, cultivait l’art du bain, héritage des thermes de l’Antiquité. L’eau y apparaît comme une source de propreté, mais aussi de plaisir de vivre. Contrairement aux idées reçues, au Moyen-Âge, on se lave fréquemment pour être propre mais aussi par plaisir. L’eau est considérée comme purificatrice et bienfaisante. Le bain est pris une fois par semaine au moins. En dehors, on se lave les parties visibles non couvertes par les vêtements : mains, visage et cheveux. Mais surtout, l’eau représentait un immense plaisir à tel point que la fonction de nettoyage devient secondaire tant les personnes festoyaient à l’intérieur d’immenses cuviers !

Au XIIIème siècle, on s’immergeait dans de grandes cuves remplies d’eau chaude. Mais, seuls les gens riches pouvaient se permettre le luxe de prendre un bain chaud chez eux dans un cuvier en bois cerclé, dont les parois sont doublées avec une toile pour éviter les échardes mais surtout pour récolter la crasse qui se déposait par sédimentation. Afin d’économiser l’eau, le baquet servait à plusieurs bains : toute la famille s’y succédait dans la même eau, mais en retirant entre chacun la toile qui filtrait ainsi la crasse du précédent. On commençait par le chef de famille, puis son épouse, et enfin les enfants du plus âgé au plus jeune. A noter que ce sont les mêmes cuviers qui servaient à faire la lessive. L’eau est chauffée sur le feu puis versée dans le cuvier. On utilise le savon gallique est composé de cendre de bois et de suif de chèvre, mais comme il n’est pas parfumé ; des herbes et des fleurs peuvent être répandues dans l’eau du bain.
II- LES BAINS PUBLICS OU ETUVES

À la fin du XIIIème siècle, apparaissent les premiers bains saturés de vapeur d’eau : ce sont les étuves. Il y avait deux manières de créer de la vapeur dans un lieu clos : chauffer celui-ci soit par l’extérieur, en envoyant un courant d’air chaud (étuve sèche), soit en y faisant pénétrer la vapeur d’eau (étuve humide). La corporation des étuviers apparait; ils s’occupent de chauffer l’eau et, lorsqu’elle est prête, des crieurs annoncent l’ouverture des bains publics.

Dans le cas des étuves sèches, on y prend les bains nu et en commun dans des grands cuviers surmontés d’un dais, une sorte de pavillon de toile nouée au sommet d’une perche de bois qui surmonte la cuve afin de protéger le baigneur des courants d’air. Les gens y vont pour se laver mais également pour se relaxer. Dans les étuves, on mange, on joue (aux cartes par exemple) et on se repose dans les lits attenénants (et on rencontre aussi des prostituées). Au début du XVème siècle, dans un grand nombre d’étuves, on commence à instaurer la séparation des sexes.
Pour les bains de vapeur, il n’y a pas de cuviers mais des seaux à disposition pour se laver. Hildegarde de Bingen au XIIème siècle suggère d’ajouter des mixtures d’herbes dans les bains de vapeur ou de les verser sur les pierres chaudes.
III- LES BAINS DANS LES RIVIERES
La population moins fortunée ou des campagnes se baigne dans les ruisseaux ou dans des fontaines.

IV – LE BAIN COMME REMEDE
A cette époque, l’eau était alors un élément important voire un remède car le bain était une pratique courante recommandée par les médecins du Moyen-Âge. En effet, à cette époque, les maladies étaient considérées comme la résultante de dysfonctionnements de l’organisme suite au déséquilibre des humeurs. Selon cette théorie, le corps était constitué des 4 éléments fondamentaux — air, feu, eau et terre — possédant quatre qualités : chaud ou froid, sec ou humide. Ces éléments, mutuellement antagoniques (l’eau et la terre éteignent le feu, le feu fait évaporer l’eau), doivent coexister en équilibre pour que la personne soit en bonne santé. Tout déséquilibre mineur entraîne des « sautes d’humeur » ; tout déséquilibre majeur menace la santé du sujet. Au Moyen-Âge, les ouvrages de Gentile da Foligno décrivent l’utilisation des bains thermaux, notamment les bains froids, pour les patients souffrant d’hydropisie.
« Li baigners en eau douce fait en étuve et en cuve, et en eau froide, fait la santé garder ».
De plus, à cette époque, la religion chrétienne préconisait le bain car la propreté du corps serait en lien avec celle de l’âme. De nombreuses références sont d’ailleurs faites à la purification corporelle dans la bible : « Le septième jour, il rasera tout son poil, sa tête, sa barbe, ses sourcils, il rasera tout son poil; il lavera ses vêtements, et baignera son corps dans l’eau, et il sera pur » (Lévitique 14:9).
Si le bain est froid, il faut être prudent et, selon le médecin italien Aldébrandin, « ne pas y séjourner trop longtemps, juste le temps nécessaire pour renforcer et stimuler la chaleur du corps ». Mais pour nettoyer correctement le corps, seul le bain chaud peut selon lui « expulser l’ordure que la nature cache par les pertuis de la chair ».
V – LE THERMALISME AU MOYEN-AGE
Il est interdit, dans les étuves, d’accueillir les malades, surtout les lépreux. Ainsi, on plaçait les lépreux dans des bains thermaux, puis on les envoyait se sécher au soleil pour améliorer leur guérison. Il y avait une croyance particulière dans les bienfaits de l’eau principalement des sources de Pouzzoles, de Cumes, et Baïes en Campanie. Le malade devait passer au moins une heure dans le bain « « jusqu’à ce que le bout des doigts se crispe » afin de murir les humeurs diverses dans tout le corps et de les prépaer à être évacuées et il fallait également boire de l’eau thermale.
Il est interdit, dans les étuves, d’accueillir les malades, surtout les lépreux. Ainsi, on plaçait les lépreux dans des bains thermaux, puis on les envoyait se sécher au soleil pour améliorer leur guérison. Il y avait une croyance particulière dans les bienfaits de l’eau principalement des sources de Pouzzoles, de Cumes, et Baïes en Campanie. Le malade devait passer au moins une heure dans le bain « « jusqu’à ce que le bout des doigts se crispe » afin de murir les humeurs diverses dans tout le corps et de les prépaer à être évacuées et il fallait également boire de l’eau thermale.

CONCLUSION
A Paris, les étuves seront fermées en 1450 à cause de la peste car elles représentaient un lieu de propagation foudroyante de la maladie. Ce qui fait qu’à la fin du XVème siècle, un changement de mentalités s’opère et l’eau, autrefois considérée comme bienfaisante, est accusée de transmettre les épidémies et les maladies. Ce qui aboutira à la Renaissance, à ne plus prendre de bains…
Corinne Déchelette
REFERENCES
- Etienne Boileau (Prévot de Paris 1261 – 1271), Livre des métiers.
- Georges Vigarello. Le propre et le sale, l’Hygiène du corps depuis le Moyen-Age. Editions Points, 2014.
- Joël Chandelier, « La naissance d’un savoir médical sur les bains thermaux : les traités de Gentile da Foligno (m. 1348) », dans Didier Boisseuil et Marylin Nicoud, Séjourner au bain, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2019, p. 22-23.
- Barthélemy l’Anglais, dans son « Livre des propriétés des choses » 1247.
- Danielle Jacquart, « Le Régime du corps d’Aldebrandin de Sienne : 1256 », dans Recueil des commémorations nationales, 2006, Sciences et techniques, sur le site des Archives de France [lire en ligne [archive] (page consultée le 17 mai 2017)].
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