L’art nous renseigne sur les rituels de beauté et les soins de la peau de l’Antiquité à la Renaissance. Corinne Déchelette pour le compte de la Cosmétothèque vous invite à décoder certains de ces aspects. Aujourd’hui : L’absence de bain et la toilette sèche à la Renaissance.

A la Renaissance, l’eau est accusée de transmettre des maladies et d’exposer le corps à toutes les infections en ouvrant les pores de la peau car à cette époque, la peau est considérée comme perméable à l’eau et aux liquides. Il fallait éviter le toucher direct pour qu’il n’y ait pas de pénétration à l’intérieur du corps des microbes et des saletés présents à sa surface et véhiculés par l’eau, et ce, particulièrement en cas de pression, de frottement ou de massages. La pratique du bain était exceptionnelle et le nettoyage de la peau se faisait donc à sec, par l’intermédiaire d’un linge blanc destiné à recueillir la crasse et les impuretés » : c’est la toilette sèche !
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I- LE DECLIN DE LA PRATIQUE DU BAIN AU DEBUT DE LA RENAISSANCE
Les bains publics sont abandonnés à la Renaissance car ils sont considérés comme malsains et propices à la dissémination de maladies telles que la syphilis ou la peste. En 1513, Guillaume Bunel, Docteur-Régent de l’université de médecine de Toulouse, écrit : “Étuves ou bains, je vous en prie, fuyez ou mourrez”.
En 1573, Nicolas Houel, apothicaire de Paris, tient les étuves pour responsables de nombreuses contaminations. Il écrit dans son « traité de la peste »: « Bains et étuves publiques seront pour lors délaissés, pour ce qu’après les pores et petits soupiraux du cuir, par la chaleur d’icelle, sont ouverts plus aisément, alors l’air pestilent y entre. »
Ces précautions trahissent la crainte de la porosité de la peau qui, « fissurée » sous l’effet de la chaleur et de l’eau, laisserait des « forces internes » s’échapper provoquant un affaiblissement général, ou, pire encore, permettre à la peste pénétrer le corps. Ainsi, l’eau devient un liquide inquiétant à la Renaissance. A la place du bain, on pratiquait la toilette sèche, c’est-à-dire des « essuiements » et des frictions du corps à l’aide d’un linge blanc ou serviette à laver imprégnée d’esprit de vin ou de vinaigre. Les vinaigres de toilette étaient des toniques astringents, à base d’alcool à 60°, d’essences de fleurs et de plantes aromatiques, le tout dilué dans de l’eau. Avec ce linge fin imprégné, on se frictionnait le corps car la conception de l’hygiène à la Renaissance était donc basée sur le fait que la saleté est censée se dissoudre avec le tissu dont on s’est frotté.
II- LA PROPRETE DU LINGE DE CORPS A LA PLACE DE LA PROPRETE DU CORPS

La propreté au XVIIème siècle s’attachait essentiellement au linge et à l’apparence immédiate. A la fin de la Renaissance, on estimait qu’on pouvait se passer de bains si l’on changeait souvent de linge de corps. En fait, à cette époque, être propre, c’était porter du linge soigneusement blanchi. Louis XIV (1638-1715) se changeait jusqu’à dix fois par jour et exhibait des dentelles de linge blanc immaculé aux manches et au col de ses habits ; la propreté de la noblesse se jugeait à la blancheur du linge qu’elle arborait. A cette époque, la a propreté est donc externe vis-à-vis du monde.
« La propreté de notre linge et l’abondance que nous en avons valent mieux que tous les bains du monde. » affirmait Claude Perrault (1613-1688) médecin et architecte du Louvre.
Dans le traité d’architecture de Louis Savot (1624), on peut lire que l’on pouvait se passer de salles de bains « à cause du linge que nous en avons, qui nous sert aujourd’hui à tenir le corps net, plus commodément que ne pouvaient le faire les étuves et les bains aux anciens qui étaient privés de l’usage et de commodité du linge. »
Un ensemble d’artifices vient accroître au XVIIème siècle le jeu entre les profondeurs et la surface du vêtement. Plusieurs pièces s’autonomisent, multipliant les intermédiaires visibles entre l’habit et la peau. Les collets et les manchettes indépendants de la chemise qui sont changées fréquemment révèle plus encore la volonté de démonstration de la propreté.
III- LE BAIN THERAPEUTIQUE
A la Renaissance, seule subsiste la pratique de bains des cures thermales. Michel de Montaigne entreprend un voyage en Suisse et en Allemagne pour raisons de santé, il espère que « prendre les eaux le guérira de sa maladie de la pierre ». Louis XIV ne se baignait “que” pour raisons médicales ; le bain servait à humecter un corps qui venait d’être saigné ; la saignée étant censée rééquilibrer les humeurs. Si le roi fit installer une superbe baignoire en marbre à Versailles dans un appartement de bains et la baignoire devint un bassin de jardin dans le parc…
CONCLUSION
A la Renaissance, la toilette est donc “sèche” (sans eau) et active (par frottement). La propreté n’avait pas la même signification qu’aujourd’hui. A cette époque, la propreté est alors plus proche de la notion de netteté : une apparence propre des parties visibles que sont le visage et mains mais surtout des vêtements et du linge « blanchis ».
REFERENCES
Georges Vigarello. Le propre et le sale, l’Hygiène du corps depuis le Moyen-Age. Editions Points, 2014.
Pierre Girault de Nolhac, Versailles sous Louis XIV (1911).
Images libres de droit.





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