Marie Drago a quitté Gallinée fin juin 2026, quatre ans après avoir cédé la totalité de ses parts à Shiseido, dix ans après avoir lancé la marque. Elle nous a parlé depuis Cuzco, où elle devait passer trois jours et où elle en aura passé quinze. Gallinée est la première marque de cosmétique grand public construite sur le microbiome cutané.
Cette bataille-là, elle l’a gagnée sans réserve : le mot est aujourd’hui dans tous les argumentaires, et tous les groupes ont leur ligne. Ce que l’entretien fait apparaître, c’est la distance entre cette victoire et la réalité de l’entreprise qui l’a remportée. Pendant les années où la presse la traitait en marque installée, Gallinée était une structure minuscule et sans trésorerie, occupée pour l’essentiel à expliquer à ses clientes ce qu’était un prébiotique. Marie Drago le dit sans détour : il fallait éduquer le marché en permanence, et cela demandait des moyens qu’elle n’avait pas.
Marie Drago a fait, dès l’origine, un choix technique dont elle mesurait le prix : formuler avec des ingrédients qui fonctionnent plutôt qu’avec des ingrédients qu’on peut posséder. De l’inuline vieille de cinquante ans, de l’acide lactique, du vinaigre. Elle a eu raison sur la science, et elle a renoncé du même geste à tout moyen de défendre son territoire.
« Je n’ai jamais été une bonne employée «
Vous créez votre entreprise en 2014. Pour paraphraser Yvon Chouinard : entrepreneuse malgré vous, ou entrepreneuse assumée ?

Je ne viens pas du tout d’une famille d’entrepreneurs. Mes parents ont toujours été très rassurés que j’aie un salaire. Et je n’ai jamais été une bonne employée. Les Anglais disent que j’étais stroppy, c’est-à-dire comme un ado à qui on demande de ranger sa chambre. Dès qu’on me donnait des ordres que je n’aimais pas, j’étais très frictionnelle. Je me suis fait beaucoup virer. Ça n’a jamais été très facile pour moi d’être salariée.
L’histoire, c’est que j’étais en colocation à Londres avec un entrepreneur. Je lui parlais de mes projets, j’aimerais faire ça, et ça, et ça. Il m’a dit : « Marie, s’il te plaît, je t’aide à faire le business plan et à le financer, mais tu arrêtes d’en parler, parce que ça m’agace. » C’est mon premier investisseur. Je suis allée voir mon patron chez Revlon pour lui dire que j’avais des projets à côté et que j’aimerais bien passer à mi-temps. Il m’a répondu que non, ce n’est pas comme ça que ça marche. On a fait une rupture à l’amiable, et je me suis retrouvée entrepreneuse.
Pas malgré moi. Mais j’ai regardé très longtemps avant de sauter. J’avais fait le master entrepreneuriat de l’ESCP en 2001. Je me suis assise dessus pendant quinze ans, parce que j’avais peur.
Je cherchais un mot prononçable par les Anglais et qui sonne français, parce que je voulais développer une marque française pour le marché anglais, là où j’habitais. J’avais travaillé pour La Roche-Posay et j’entendais les Anglais essayer de prononcer Nuxe, Caudalie, L’Occitane. Ça me rendait folle. J’ai eu une période où ça s’appelait Citoyenne : pas prononçable, pas possible. Gallinée, ça marchait. Mes parents sont de Dordogne, la voisine a des poules, et il y a ce côté buté de la poule qui cherche un truc et qui creuse jusqu’à ce qu’elle le trouve. Et puis, en tant qu’émigrée, on n’arrêtait pas de me parler du coq français. Je me suis dit : la poule aussi a des choses à dire. La marque était libre, les noms de domaine étaient libres. Il y a un petit œuf dans le logo, avec un accent français. C’était parfait. Récemment, avec Shiseido, on a lancé en Italie et en Espagne, où littéralement ça veut dire poulet. Je n’avais pas imaginé qu’un jour je lancerais là-bas. Je n’avais pas vu à ce niveau-là. »
Et le microbiome, il arrive comment ?
J’ai des maladies inflammatoires auto-immunes. Le microbiome, je ne l’avais pas connu à la fac, on ne nous avait jamais dit que c’était important.
Je me souviens très bien du déclic. J’étais en trek en Birmanie, cinq jours sans téléphone, donc obligée de réfléchir. J’ai vu la lumière : le microbiome de la peau, en fait, c’est super important, je pourrais faire un truc là-dessus. En rentrant, j’ai cherché les articles scientifiques publiés sur le microbiome de la peau. Il y en avait cinq. Littéralement cinq.
Alors j’ai appelé ma faculté pour leur demander de m’ouvrir des accès. Ils m’ont répondu : « Madame Drago, vous n’avez jamais passé votre thèse. Ça, c’est un bon sujet de thèse. » Donc je l’ai passée. Une thèse de pharmacie, pas un doctorat de recherche. Ensuite je suis allée voir un façonnier avec ma thèse en lui disant : voilà, je voudrais que mon cœur de formule, ce soit ça.
« Le microbiome, c’est une grande famille. »
Vous n’êtes pas seule. Mother Dirt aux États-Unis, Esse en Afrique du Sud, S-Biomedic, Tula. Des géographies radicalement différentes, à peu près le même moment. Qu’est-ce qui a fait que c’était le moment ?
Le microbiome de la peau, c’était une science plus simple à appliquer que celle de l’intestin. En nutrition, la science existait, mais en médicament on ne voit toujours pas beaucoup d’applications, parce que ça prend dix ans. En cosmétique, on pouvait prendre cette science qui venait de sortir, parce que les tests ADN commençaient à exister et qu’on commençait à comprendre le microbiome. Et la peau, elle est là, elle est accessible, alors que l’intestin, c’est une espèce de boîte noire.
Les applications, en plus, étaient simples : on a vu que les conservateurs, ce n’était pas top, que les émulsifiants, ce n’était pas top, que la façon dont on se lave, c’est important. Donc en cosmétique on est capable de faire des applications de science. Je suis vraiment partie de là, de la technologie, et je me suis dit que je pouvais faire une marque avec.
Je crois que les autres viennent du même endroit. Trevor Steyn, chez Esse, était biochimiste. Mother Dirt aussi : on regarde les bactéries, on cherche celles qui nous intéressent, on trouve celle-là. S-Biomedic, c’était basé sur les tests ADN faits sur les bactéries de l’acné. Ce sont des marques créées en voyant un potentiel scientifique, pas en partant du marché.
Vous vous connaissiez ?
On est tous potes. On allait en congrès scientifique ensemble. À part Mother Dirt, j’étais la première à lancer quelque chose en grand public, donc la première application de tout ce qui est pré et probiotique sur le microbiome de la peau. Ça a beaucoup intéressé le milieu scientifique. Ça fait dix ans qu’on fait les congrès ensemble, les gens de Mother Dirt et de S-Biomedic sont des amis maintenant. Le microbiome, c’est une grande famille.
Je pense d’ailleurs que les gens reflètent la science qu’ils étudient. Le microbiome, c’est beaucoup sur la collaboration. La biologie synthétique, c’était beaucoup moins sympa. Par définition, les gens qui aiment le microbiome aiment la collaboration, parce que la biologie reflète la vie.
Mother Dirt apporte une bactérie vivante. Vous, non.
Pour moi ce n’était pas la même chose. Eux apportaient une bactérie extérieure au corps humain en disant : vous l’avez perdue, il faut la remettre. Moi, l’idée depuis le début, celle que je trouvais que personne ne faisait, c’était : vous avez des bactéries qui sont là pour vous aider, nourrissez-les, améliorez leur environnement pour qu’elles vous aident. Redonner vie à ce qui existait déjà.
Je suis très prébiotique. Vraiment aider le système existant.
C’était un choix de départ, ou un repli devant la difficulté du vivant ?
J’ai commencé par les acides. Je trouvais que les acides en formulation, c’était formidable, et l’acide lactique aidait les bactéries. Je me suis dit : autant utiliser ça. Je suis partie de là.
Le vivant, j’en ai parlé à des fabricants de bactéries, qui disaient que dans leurs études il n’y a pas énormément de différence entre vivant et non vivant en topique. Je me suis dit que ce n’était pas la peine de se mettre des freins énormes. Et je pense que la plupart des effets cosmétiques viennent des prébiotiques. Non seulement ça nourrit les bonnes bactéries, mais c’est hydrophile, donc ça hydrate la peau. L’acide lactique, par exemple : il stimule les bonnes bactéries, et il a aussi un côté exfoliant. C’était beaucoup plus logique de mettre beaucoup de prébiotiques.

» Je n’ai pas ma bactérie spécifique «
Mais ce choix a un coût.
Oui, et c’est un vrai choix : vous abandonnez une partie de votre propriété intellectuelle. C’est pour ça que les gens aiment bien mettre des bactéries vivantes. Ce sont des bactéries qui leur appartiennent.
Moi, j’utilise des ingrédients qui sont beaucoup moins protégés du côté de la propriété intellectuelle. J’ai été la première à mettre de l’inuline dans des crèmes visage. L’inuline, c’est un truc qui a cinquante ans, qui était utilisé comme adoucissant dans les après-shampooings. Il n’y a rien à protéger. J’ai eu la chance d’avoir un brevet qui était très bien à l’époque, mais je n’ai pas d’ingrédient à moi. Je n’ai pas ma bactérie spécifique.
C’est peut-être précisément ce qui a permis à Gallinée d’exister. Quand on crée une entreprise, on sait que c’est l’enfer ; si en plus on empile les contraintes techniques, ça devient impossible. Est-ce que ce renoncement n’a pas sauvé la boîte ?
Je suis pharmacienne industrielle, donc la production, c’était ma spécialité. J’ai tout de suite vu qu’on pouvait faire des produits très différents, parce qu’on repense toute la formule pour le microbiome, les conservateurs, les émulsifiants, tout, au lieu de se concentrer sur un actif. Ce qui fait qu’on a des résultats que les gens avec juste des probiotiques n’auraient pas.
Avoir une bactérie célèbre, mettre du vivant, c’est sympa. Pour moi, c’est cinq pour cent du travail d’une formule cosmétique. Il y a tellement d’autres choses qui jouent.
Et puis avec le vivant, l’assurance qualité est molle. Comment est-ce qu’on garantit que la bactérie est encore vivante quand le consommateur l’utilise, et que ça marche ?
Vous arrivez chez un façonnier avec une logique qui casse les règles de l’industrie. Ça se passe comment ?
Je suis allée à Cosmoprof avec mon PowerPoint. On m’avait recommandé quelqu’un de bien. Je vais voir le monsieur qui s’occupait du façonnage dans le groupe, je lui montre mon PowerPoint, et il me dit : « Je n’ai jamais vu ça, clairement, mais ça me changera des gels douche à l’abricot que je dois faire en permanence. »
On a appris ensemble. Aujourd’hui ils sont un peu la référence en façonnage sur tout ce qui est microbiome, ils ont des scientifiques spécialisés. Dix ans après, on travaille encore ensemble. Ils ont vraiment pris le pari, en se disant : allez, on rigole un peu.
J’ai eu de la chance. Et c’est un truc que j’adore avec la France, ce côté vouloir faire les choses bien et faire de beaux produits.
Et le brevet ?
On a développé les formules à partir de ma thèse, et le façonnier m’a dit : personne n’a jamais fait ça, brevet. J’ai déposé un brevet en neuf jours. Je ne le recommande à personne.
Moins de 50 000 € de chiffre d’affaires la première année
Vous avez gagné la bataille des idées. Est-ce que ça s’est transformé en réussite commerciale, avant Unilever ?
Non. Je suis historiquement le plus petit ticket d’Unilever Ventures.
Je me souviens très bien de mon chiffre d’affaires de la première année, j’étais fière comme Artaban : moins de cinquante mille euros. Sur huit mois, j’ai lancé en avril. J’étais allée voir les grands magasins en Angleterre, puis les petites pharmacies anglaises avec ma valise.
J’avais levé cent mille euros pour créer la marque et faire la première production. J’ai sorti cinq références avec ça, sur des formules qui n’existaient pas. On était une marque fauchée, de base.
Et pourtant, la marque paraissait beaucoup plus grosse qu’elle ne l’était.
Quand on a mis la boîte en vente, plus tard, on a fait un vrai processus, avec une date, en faisant les choses bien. Les gens pensaient systématiquement qu’on était dix fois plus gros que ce qu’on était en vérité.
J’ai connu ça avec ma propre marque. Deux passages dans Vogue, dix-huit articles de presse dans le mois, et les gens vous croient trente alors que vous êtes deux et que vous crevez.
Pareil.
Alors Unilever, ils ont acheté quoi ?
Ils m’ont dit : on sent que le microbiome a quelque chose, et on paye pour voir. J’ai eu des échanges avec leurs scientifiques, c’était intéressant pour tout le monde. Et ça ne coûte pas cher, en étude de marché.
Vous avez prêché longtemps dans le désert ?
Deux ans. Quand j’en parlais aux grandes maisons, on me répondait : « Chez nous, c’est présenté dans les tendances à très long terme, on sait que dans cinq ans ce sera un truc. » Donc je savais que je ne me plantais pas complètement. Mais j’ai été la première marque à mettre le mot « bactéries » en face avant d’un pack, de façon positive. J’ai passé deux ans à expliquer aux gens qu’ils avaient un microbiome, ce que c’était qu’un probiotique, un prébiotique. C’était le désert.
Gallinée chez Shiseido
Est-ce qu’on devient un meilleur salarié quand on a été entrepreneur ?
C’est une vraie bonne question. J’ai des amis qui ont fait ce parcours et qui sont arrivés directeurs généraux dans un groupe : ils ont tout fait, tout vu, et ils sont d’une efficacité folle.
Moi, ce n’est pas exactement le même parcours. Je ne suis pas très commerciale et je ne suis pas très bonne en process, il faut dire ce qui est. Je ne crois pas que j’étais moins abrasive après qu’avant, parce que je ne comprends pas que ça n’avance pas. Je n’ai aucune patience. Pendant dix ans d’entrepreneuriat, quand je disais un truc, c’était fait. Que ça ne marche plus comme ça une fois qu’on rentre dans une boîte, ça m’a fascinée.
Ça dépend des caractères. Pour moi c’était plus difficile, alors que Shiseido m’a très bien traitée. Ce sont de vrais gentils. Je faisais exactement ce que je voulais, ils n’ont mis aucune contrainte nulle part. C’était très tranquille.
Et eux, comment vous voyaient-ils ?
Leur acquisition précédente, c’était Drunk Elephant. Donc ils me voyaient au même niveau que Tiffany Masterson, alors que j’avais du mal à leur expliquer que jusqu’à ce qu’ils me rachètent, j’étais payée au SMIC. Ce n’était pas du tout le même niveau.
Il y a une aura de la fondatrice, surtout dans un groupe qui traite avec beaucoup de créateurs. Il y a Tiffany Masterson, il y a François Nars, il y a Serge Lutens. Et puis il y avait moi, au même statut. C’était assez marrant.
J’ai découvert aussi que les grands groupes, c’est beaucoup de postes très définis. Alors que ce qui m’amuse, moi, c’est de pouvoir faire un peu de tout. C’est difficile de rentrer dans les cases.
Et Shiseido, ils achetaient quoi ?
Ils étaient très clairs : ils voulaient se développer dans le canal pharmacie, et j’étais une bonne petite marque pour essayer. Et le microbiome, ils ne connaissaient pas, ils voyaient que c’était intéressant et qu’il y avait des choses à apprendre.
Quand la niche devient un rayon
Toutes les marques de niche du microbiome ont été rachetées ou ont disparu. Il y avait un chemin pour rester indépendante ?
Il fallait faire beaucoup d’éducation, tout le temps, et ça demandait des moyens de fou. Une marque indépendante a plus de mal, comparée à un produit très impulsif. La clean beauty, c’est beaucoup plus simple. Là, comme c’était pas mal de science, sur un sujet que les gens ne connaissaient pas forcément, je pense qu’il fallait être adossé à un grand groupe pour avoir le pouvoir de dérouler commercialement, et aussi sur la communication.
Et la banalisation ? Aujourd’hui il y a du microbiome washing.
Je n’ai jamais eu de problème avec ça. Qu’il y ait du microbiome washing, ça veut dire que quelque part il y a un marché. Ça ne me dérange pas.
Et puis on a toujours été très en avance sur les autres, parce que le microbiome, par rapport au CBD ou à des choses qui étaient juste une tendance, ça parle de la façon dont on fait le produit et dont on traite les problèmes de peau. Il fallait tout repenser.
Donc on a ouvert des catégories. Sur l’acné, où il n’y avait que des solutions antibactériennes, on a proposé une solution probactérienne. Les peaux à tendance eczémateuse, pareil. Les pellicules : on a été les premiers à lancer des shampooings qui ne tuent rien, mais qui règlent le problème en passant par le microbiome. L’hygiène orale, avec des dentifrices probiotiques. Le déodorant. Les compléments alimentaires, parce que le inside out et le microbiome, c’est la même chose, mais avec de la science.
Quand on a lancé le dentifrice, Cult Beauty nous a pris, parce qu’ils ouvraient leur rayon oral care. Je me suis dit : ça y est, l’oral care entre dans la beauté, et nous, on a des choses à dire.
La croissance pouvait continuer très longtemps, et peut continuer très longtemps, sur les nouvelles catégories. À condition de continuer à penser un peu en dehors, et pas juste de faire une crème hydratante avec des probiotiques. Il y a un côté de toujours courir un peu devant la concurrence.
Et on a continué à innover. Aujourd’hui Gallinée a cinq brevets en tant que marque, ce qui est rare pour une petite marque.
Dix ans après, vous referiez quoi différemment ?
Sur les produits, tous ceux que j’ai lancés, j’en suis très contente, et j’ai fait très peu de reformulations, ce qui est plutôt bon signe.
J’aurais pris plus d’argent au début. Ce côté « je vais être profitable dans un an, ne vous inquiétez pas, je n’ai pas besoin de cash », il faudrait que je l’apprenne. On a toujours besoin de deux fois plus d’argent qu’on ne le pense, et ça prend toujours deux fois plus de temps qu’on ne le pense.
Et j’aurais recruté des commerciaux plus vite. Développer des produits, c’est ce que j’aime, c’était cool. Mais si vous n’avez personne pour les vendre derrière, c’est dommage
« Dans les vieux pots, les meilleures soupes »
La Cosmétothèque est un conservatoire des savoir-faire. Si l’on ne devait garder qu’une seule chose de Gallinée, ce serait quoi ?
Le vinaigre. Parce qu’il est très simple, très minimaliste, qu’il a deux brevets, et que c’est le produit le plus surprenant pour moi. Il est à base de vinaigre, mais il est fait pour les peaux sensibles. Il est ultra technique, parce que c’est un producteur d’acétate, et les acétates sont un précurseur de tous les acides gras à chaîne courte dans la synthèse du microbiome. C’est le produit où tout s’aligne. Et il est un peu bizarre, un vinaigre pour le visage, donc les gens s’interrogent. C’est celui qui résume le mieux.
Le vinaigre est un actif de la cosmétique historique, largement disparu du marché. Vous êtes en pleine rétro-innovation.
Le microbiome, c’est beaucoup faire du neuf avec du vieux. L’acide acétique, aujourd’hui, en nutrition, on se rend compte que c’est un acide gras à chaîne courte, très anti-inflammatoire. L’inuline était utilisée depuis cinquante ans dans les crèmes glacées et les après-shampooings : c’est en fait un excellent prébiotique. Le cœur de ma formule, c’est un mélange de prébiotiques et de probiotiques qui existait sur le marché depuis cinquante ans, mais que personne n’avait jamais vraiment mis en valeur. L’acide lactique non plus.
Quand on réfléchit à ce qu’on veut faire faire aux bactéries, il n’y a pas besoin de lancer des ingrédients ultra innovants tout le temps. Gallinée en utilise : dans la Vinegar Gelée, il y a un actif biotech qui sélectionne les bonnes souches d’acné par rapport aux mauvaises, et c’est incroyable. Mais souvent, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. En microbiome, en tout cas.
Et maintenant ?
Vous avez quitté Shiseido fin juin, et vous n’avez pas attendu longtemps avant de relancer quelque chose.
C’est embryonnaire. Je veux faire une plateforme d’innovation microbiome, avec uniquement des produits grand public, parce que je suis très conso, mais basés sur de la bonne science, dans des catégories très différentes. Ce qu’on appelle un venture studio. Le studio s’appelle Citizen Biome.
Le premier projet, c’est la nutrition, avec des formes galéniques qui n’existent pas encore. Ensuite, le sol, l’hygiène intime, les microbiomes de l’environnement bâti. Tous les sujets que je trouve très intéressants et où il n’y a encore pas grand-chose.
Ça fait vingt-cinq ans que je suis dans le soin de la peau. C’est bien d’aller voir ailleurs de temps en temps. J’aime découvrir et apprendre des choses.
Propos recueillis et transcrit par Daniel Joutard, le 14 juillet 2026




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