Ce titre en surprendra peut-être quelque-uns mais c’est une question qui revient de façon un peu récurrente. Bien que ce ne soit pas vraiment le rôle de la Cosmétothèque de faire le point sur l’actualité, il nous a paru utile de pointer sur cette question de l’eau dite solaire, car elle se développe. Cela permettra de marquer la période où le concept a commencé à se développer.
Dans la continuité du travail d’inventaire que nous avions fait en collaboration avec l’Observatoire des Cosmétiques sur les différentes qualités d’eau utilisées ou utilisables en cosmétique, nous abordons ici le concept « d’eau solaire ». Pour rappel sur cette question.
Il n’y a bien évidemment aucune définition réglementaire ou officielle de ce que l’on peut appeler l’eau solaire. Il s’agit en fait de différents concepts développés autour de l’utilisation de l’association entre soleil et eau. Quand on questionne sur le concept eau solaire, voila ce qu’une IA répond : Le concept Eau SOLAIRE est un système de production d’eau chaude sanitaire qui utilise l’énergie solaire. Ce n’est bien évidemment pas dans ce contexte là que la question se pose. L’examen de la littérature et des données disponibles oriente en fait vers deux types d’utilisation principalement en relation avec l’environnement et sa protection :
- Celles qui permettent de traiter de l’eau pour en faire une eau adoucit à usage cosmétique.
- Celles qui permettent de dépolluer les eaux usées en vue de leur réutilisation.
Compte tenu des très nombreuses questions qui se posent autour de la gestion de l’eau ces questions ne sont pas triviales.
Parmi les solutions envisagées, certains proposent la suppression de l’eau en formulation. Pourquoi pas, mais cette question semble marginale au regard des enjeux. En effet, toutes les études montrent que la consommation d’eau se fait autour des procédés. Par ailleurs, de très nombreux produits sont formulés sans eau. Le « waterless » est plus une mode du moment qu’une évolution importante. La gestion de l’eau se cristallise plus autour de la gestion des eaux de process que de l’eau de composition. Donc plutôt que d’envisager la reformulation de certains produits, des aménagements des process vers une consommation limitée en eau de chauffage ou de refroidissement, voir de nettoyage semble beaucoup plus pertinents. Certaines avancées ont quelquefois été développées comme le low energy process ou les cold process. Mais comme la médiatisation de cette question est moins sensible que celle de la composition, on en parle très peu. Mais les progrès sont quelques fois très importants même si certains restent à faire. Par ailleurs il suppose des investissements assez conséquents et certainement plus durables.
Pour revenir à l’eau solaire, on trouve plusieurs idées sous ce concept.
Il y a le projet développé par Capsum. L’idée ici est d’utiliser l’énergie solaire pour traiter de l’eau issu de nappes souterraines afin d’en faire une eau pure à utiliser en formulation. Ce concept d’eau durable a été imaginé par la société Capsum lors de la création de son site américain de production. La société souhaitait opter pour un site exemplaire dont l’ambition serait un impact le plus faible possible sur l’environnement, en minimisant notamment les consommations en énergie et en eau potable. Nous avions déjà abordé cette question lors d’une précédente contribution que vous pourrez relire en suivant ce lien. L’idée est séduisante.
Dans le même temps, le recyclage des eaux usées devient également un objectif important. Le gouvernement français a émis courant 2023 une série de textes concernant la réutilisation des eaux usées traitées, dit REUT. Cette pratique qui existe déjà depuis un certain temps, mais limité à certains domaines d’application, doit être élargie. L’un des obstacle majeur consiste en la décontamination liée aux usages précédents. La contamination des ressources en eau par les micro-polluants organiques constitue de fait une préoccupation croissante à l’échelle mondiale, posant des défis significatifs pour la qualité de l’eau et la santé humaine. Ces micro-polluants organiques, tels que les pesticides, les produits pharmaceutiques et les composés organiques persistants, sont souvent détectés en concentrations infimes dans l’eau (microgrammes, voir nanogrammes, par litre), mais même à ces concentrations leur impact sur les écosystèmes aquatiques et sur la santé publique est avéré.Face à cette réalité, il devient impératif de développer de nouveaux procédés de traitement de l’eau capables d’éliminer efficacement les micropolluants organiques. Des approches innovantes – par exemple, l’utilisation de technologies d’oxydation avancée (TOA), d’adsorption sur charbon actif ou de séparation membranaire – sont nécessaires pour relever le défi croissant de la contamination par les micro-polluants. Dans un intéressant papier récemment publié, un groupe de chercheurs fait le point sur ces technologies que l’on retrouve également sous une autre forme dans lien. De l’eau traité avec des procédés de type TAO correspond au concept d’eau solaire. Cette approche est lourde, et n’est bien évidemment pas utilisable par tout le monde !
Mais il y a également une autre approche dans laquelle on associe de plus en plus souvent eau et solaire. Il s’agit de produits à base d’eau pour faire de la protection solaire. Ce type de produit apparu en 2020, se développe ces dernières années principalement chez les opérateurs du solaire. Ces produits sont très interpellants. En effet, il y a de nombreuses contradictions. Tout d’abord, la majorité des filtres UV chimiques est de nature lipidique. Ils ne sont donc pas solubles dans l’eau. Or la filtration des ultraviolets suit pour une part importante de loi de Beer Lambert qui postule que les substances filtrantes doivent préférentiellement être dissoutes. En effet cette loi ne s’applique pas pour les solutions qui ne sont pas limpides. Les filtres chimiques ayant une très faible affinité pour l’eau, on n’est donc pas dans ce cas. Cette loi ne s’applique pas plus pour les dispersions pigmentaires, qui réfléchissent la lumière plutôt que de la filtrer. Le concept d’eau solaire ne repose donc pas sur ces réalités. Cela ne veut pas dire qu’elles ne présentent pas de coefficient de protection solaire puisqu’on arrive à les mesurer. Se pose donc la question de savoir comment fonctionnent ces produits. On peut imaginer que le mode de fonctionnement est hybride, mettant en oeuvre plusieurs mécanismes, filtration, absorption, réflexion, tout cela résultant d’une approche relevant d’un savant mélange que l’on peut décrire comme de la « mixologie », c’est-à-dire de l’art de mélanger un peu n’importe quoi n’importe comment. Ce sont en fait ce que certains appellent des biphases, par analogie à d’autres familles de produits comme certains démaquillant. Ils présentent une phase lipidique assez conséquente, ainsi qu’une phase aqueuse représentant en moyenne 30 % de la préparation. Il faut les mélanger avant usage. Ce sont en quelque sorte des vinaigrettes !!!! Dans ce cas, les produits ne sont appelés ni vinaigre ni huile mais d’une appellation propre au type de produit. Ce n’est pas le cas ici. Ces produits s’appellent assez régulièrement Eau Solaire, ce qui de toute évidence est une erreur ou au mieux un abus de langage.

Pour information, voici la fiche descriptive d’une spécialité de ce type. Eau Solaire Caudalie. L’ensemble des formules se ressemble beaucoup.
Où se situe donc l’avantage de ce type de formulation : selon certaines marques qui développent ce type de produit, l’avantage serait dans la sensorialité des produits. Mais est-ce bien utile ? Je crois qu’il faut plutôt y voir l’application d’un vieil adage qui dit « qui veut la fin justifie les moyens » ! Si ces produits « tiennent debout », s’ils sont efficaces et stables, on peut espérer que toutes les études ont été faites, alors pourquoi pas. Mais quand même, ce n’est pas un foulant du pied les concepts de base de la physique ou de la chimie que cette industrie progressera !!!! Enfin, on peut se demander où est la cohérence que d’ajouter de l’eau quelque part et d’en retirer ailleurs ! Technicité et communication ne font pas toujours bon ménage !!!!
Merci d’avoir pris le temps de lire cette contribution.
Jean Claude LE JOLIFF




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